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LA NOUVELLE CAPITALE

 

L'adorateur acharné de l'Aton pouvait-il décemment habiter la cité de ses pères, Thèbes, où tout proclamait la gloire d'Amon, des grands temples de Louqsor et Karnak au riche sanctuaire élevé par son père, Amenhotep III ? Afin d'y remédier, Aton lui révèle le site de la nouvelle capitale en l'an IV de son règne.

* Un jour où Amenhotep III naviguait sur le fleuve, Aton s’est levé exactement dans une échancrure de l’ouadi au pied d’un cirque rocheux, dessinant ainsi le hiéroglyphe Akhet qui représente l’horizon en égyptien

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Vestiges des stèles entourant la ville  celle d'Akhenaton (quelques reste) et de Néfertiti qui a été épargné

Tout autour de l’immense cirque rocheux qui entoure l’emplacement de la ville, le roi va faire graver dans le rocher 14 stèles, onze sur la rive orientale et trois sur la rive occidentale. Elles expliquent les raisons du choix du site. L'édification de sa ville gigantesque avec ses temples, ses palais, ses jardins, son réseau de routes et ses tombeaux durera 3ans de l’an 5 à l’an 8 de son règne. Elle mobilisera une part importante des ressources économiques et humaines du Royaume. C’est sur ce site qu’il a choisi lui-même que le roi va pouvoir pleinement développer ses conceptions sur Aton et sa nouvelle vision du monde.

Le pharaon et son épouse Néfertiti se rendent sur le lieu révélé et baptisent la future capitale Akhet-Aton «l'Horizon d'Aton», marquant ainsi le point central du nouvel empire divin.

C'est encore un chantier bourdonnant quand la cour s'y installe. Plusieurs temples dédiés exclusivement à Aton y sont déjà bâtis, dont le grand temple. Le roi et la reine ont tous deux entre17 et 18 ans, ils ont modifié leurs noms. Amenhotep IV est maintenant devenu Akhenaton, "Celui qui est utile à Aton" et la reine Néfertiti s'appelle maintenant Neferneferouiten - Neferetiti, "Parfaites sont les perfections d'Aton - La belle est venue".

Pour réaliser son temple, Akhenaton adopte pour des raisons de rapidité, des petits blocs de grès standardisées des talatates Chaque élément mesurait 50 par 60 cm, pour 27 cm. Leur légèreté, 40 kg, les rendait très maniables. Après cet immense chantier dédié au dieu Aton, on ne fabriqua plus de talatates.

 

Comme la ville nouvelle devait égaler et même surpasser Thèbes en magnificence, Akhenaton y fît construire un temple dédié à Aton, le Per-Aton-em-Akhetaton, le temple d'Aton à Akhetaton, connu sous le nom de Grand Temple, afin de faire pendant à celui d'Amon.

Si l'idéologie était nouvelle, l'architecture du temple d'Aton présente des aspects assez classiques, comme la façade formée de pylônes avec d'immenses mâts à oriflammes, ou encore le vaste mur d'enceinte rectangulaire qui entourait le tout. Ce qui est neuf par contre, c'est le grand nombre d'hôtels couverts d'offrandes.

L'autel principal, sur lequel Akhenaton est représenté en train d'offrir des victuailles à son dieu, était situé dans la cour centrale. On pouvait le rejoindre par une rampe ascendante. Un vestibule contenait des statues du roi. A Tell el-Amarna, le Disque solaire possédait également un autre temple d'une taille plus petite offrant les mêmes aspects architecturaux.

Cependant, il ne faut pas penser qu'Akhenaton ne fît construire de temple en l'honneur de l'Aton, que dans la nouvelle capitale. Le premier temple dédié au dieu fut élevé à Karnak, dans des circonstances particulières. Amenhotep III était, au moment de sa mort, en pleins préparatifs de sa quatrième fête Sed .Le nouveau pharaon les détourna à l'avantage d'Aton: il décida que cette fête Sed célébrera son règne. La signification est très forte. Le dieu qui représente le pharaon au cours de la fête, renforcera son lien avec le jeune souverain, le désignant comme son fils. Akhenaton sera donc ainsi divinisé.

Les apprêts de la fête furent achevés vers l’an II ou III du règne d'Amenhotep IV: un temple solaire avait été créé à l'est du mur d'enceinte du temple de Karnak. Edifié à l'aide de talatates , le temple, par la nouveauté de la conception divine, requerrait une architecture nouvelle. Le dieu solaire ne pouvait plus se permettre d'avoir un sanctuaire sombre, ni d'avoir son image conservée dans une boîte scellée. Le temple d'Aton était donc formé de cours dont les autels étaient chargés d'offrandes. Ces cours étaient découvertes afin que le dieu Soleil, du haut de son trône céleste puisse profiter de ses cadeaux.

Le jour de la fête du Sed Amenhotep III se rendit de son palais au temple, assisté par tous les grands de l'Etat, un corps de musique ouvrait la marche ; les parents, les familiers du roi, les pontifes, les fonctionnaires publics de divers ordres, formaient la première partie du cortège; venait ensuite, seul, Amenhotep IV, l'héritier présomptif de la couronne, brûlant de l'encens devant le naos richement décorée, par douze chefs militaires dont la tête était ornée de plumes d'autruche. Le monarque, décoré des marques de son autorité, était assis dans la châsse, sur un trône élégant. Des officiers, à pied, élevaient autour de la châsse les flabellas et les éventails ordinaires. A la suite, venaient les autres princes de la famille royale, les hauts fonctionnaires du sacerdoce, et les principaux chefs militaires. Un peloton de soldats fermait la marche ; la foule était partout.

 

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 La Fête du Sed 

 

LE PALAIS ROYAL

Etant donné le rôle divin du roi, le palais royal d'Amarna nommé aussi Grand Palais, revêtit une importance spéciale. Il remplissait deux offices: il était à la fois bâtiment cérémoniel et lieu de vie de la famille royale. On y entrait par une vaste cour, au bout de laquelle se trouvait la fenêtre d'apparition. C'est à cette fenêtre que le roi et la reine apparaissaient, répandant des faveurs. Placée derrière des colonnes en forme de papyrus soutenant un avant-toit, elle était ornée des emblèmes royaux et divins : son linteau représentait Aton et ses noms royaux. Une rangée d'uraeus et de disques solaires surmontait ces montants qui avaient pour décors les hiéroglyphes signifiant «vie et prospérité», un sphinx piétinant un ennemi et les cartouches royaux. Se regroupaient autour de la cour, les appartements royaux, les quartiers des serviteurs, les réserves, les ateliers et même des boulangeries. Le toit était soutenu par des colonnes en bois en forme de plantes.

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    Tel-el-Amarna vestiges du palais sud et Nord  on y distinques très biens les talatates

De part et d'autre de la cour, se trouvaient les deux harems auxquels on accédait par un couloir. Le harem du nord avait l'aspect d'une maison traditionnelle dont le centre était un jardin agrémenté d'une pièce d'eau. Tout autour du jardin s'étalaient de petits appartements qu'une cour séparait du logement des servantes. La configuration du harem du sud était à peu près semblable. Chacun des deux était comme replié sur lui-même, afin de préserver l'intimité de ses habitants.

Non loin du grand palais, se trouvait le «service des archives». C'est ici qu'on retrouva en 1887 les fameuses lettres de Tell el-Amarna en caractères cunéiformes qui montraient très clairement les relations des pharaons Amenotep III, Akhenaton et Toutankhamon avec les souverains et vassaux de Palestine, de Syrie, de Mésopotamie et d'Asie Mineure.

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Vestiges des colonnes de l'aile sud du palais royal

Les maisons des hauts dignitaires étaient construites sur un plan carré, souvent avec un étage. On trouvait parfois une loggia sur le toit. La salle centrale possédait un plafond plus élevé pour permettre à la lumière d'entrer par les fenêtres à claustra. Les maisons des ouvriers étaient similaires quant au plan intérieur, mais plus petites.

A l'extrémité méridionale de Tell el-Amarna se trouvait le Marou-Aton qui se composait d'un étang, d'un kiosque sur une île et de parterres de fleurs. Les Egyptiens avaient une passion pour les jardins, ils plantaient de nombreux arbres dans leur propriété. On dénombre même plus   de   soixante-dix   espèces d'arbres dans un verger de Tell el-Amarna. Il arrivait parfois que ces jardins soient agrémentés d'une pièce d'eau sur laquelle flottaient nénuphars et lotus.

A l'extrémité septentrionale, s'élevait le palais du nord dans lequel se plaisait particulièrement la reine Néfertiti. Malheureusement, la ville somptueuse fut abandonnée quinze ans après sa fondation, à la mort d'Akhenaton, et livrée au pillage : ses pierres servirent à l'édification des villages voisins.

Au bout de deux ans de travaux, Akhetaton fut pratiquement achevée et la cour s'y transporta, quittant définitivement Thèbes.C'est là que vivront désormais Akhenaton, sa femme Néfertiti, leurs six filles Méritaton, Ankhesenpaaton, Mékétaton, Néfernéferouaton, Tachéri, Néfernéferouré ( dont les trois aînées deviendront ses épouses), la reine-mère Tiy et toute une multitude de courtisans, fonctionnaires, ouvriers et artisans.

 

Bibliographie

N. Reeves       Akhenaton le faux prophète de l’Egypte Thames and Hudson, 2001

Nicolas Grimal Histoire de l'Égypte ancienne Fayard 1998

Christian Jacq, Néfertiti et Akhenaton, Perrin

 Photos              Don McCrady

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