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LA REFORME RELIGIEUSE

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Aton

L'histoire a surtout retenu d'Akhenaton son extraordinaire reforme religieuse qui bouleversa durablement l'Egypte tant sur le plan religieux que politique. Pourtant rien, du moins au début du règne d'Aménophis IV, ne laissait présager un tel bouleversement.

En effet, lors de son couronnement, le nouveau pharaon prend pour nom Neferkheperoure, «Les Transformations de Ré sont parfaites» associe à Ouaenre, «Unique de Ré». En outre, il se fait couronner a Karnak, ce qui prouve, qu’au départ, il était plutôt favorable au dieu Amon et à son clergé.

Le virage idéologique s’amorce en l’an II de son règne: c'est la conception d'un culte solaire ou le soleil ne serait pas considère seulement comme le seigneur d'Héliopolis et de Thèbes, mais comme dieu universel, de tous les pays et de tous les hommes. Pour cela, on lui trouve un symbole et un nom compréhensibles dans toutes les régions orientales: le symbole sera un disque rayonnant, signe pictographique que tout homme saura interpréter; le nom qui n’est pas spécial au dialecte égyptien est Aton, dérivé du sémitique, Adon, signifiant «seigneur». Le disque Aton personnifiera la lumière et la chaleur qui créent la vie matérielle, la bonté, la justice, la régularité suprême de la loi qui caractérise l'ordre de l’univers

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  Offrandre de l'eau Musée de Berlin 

Fait inouï, les pays étrangers, les Syriens et les Nubiens sont nommés avant les Nilotiques. C'est la première fois dans l’histoire, qu'un roi fait appel à l’ensemble des hommes pour adorer, aux cotes de son peuple, le Créateur universel.

Déjà, sous le règne d' Amenhotep III se développait en Egypte la conception d'un culte solaire: les innombrables dieux adores depuis les temps les plus recules commençaient a perdre du crédit auprès des croyants des classes cultivées, qui préféraient maintenant concentrer leur attention sur un seul grand dieu, créateur de toutes choses et dont la bonté assurait la subsistance et la sécurité de ses créatures.

Ce dieu unique n’avait pas encore de personnalité bien définie: a Thèbes, on l'adorait sous le nom d'Amon-Ré, à Memphis sous celui de Ptah. C'est ici qu' Amenhotep IV intervient, mettant fin à toutes ces identités multiples pour ne plus appeler le dieu qu'Aton et instaurer son culte.

II est à noter que la langue utilisée dans les hymnes a la divinité est maintenant celle utilisée quotidiennement   par les Egyptiens alors qu'auparavant, on s'était efforce d'employer dans toutes les inscriptions la langue «sacrée», vieille de plusieurs siècles.

Malgré son caractère fondamentalement   généreux,   la croyance novatrice ne sut pas s'implanter dans une Egypte ancrée dans ses anciennes coutumes, ses vieilles traditions. Mais plus qu’ a la résistance du peuple, la nouvelle religion se heurta à un véritable barrage forme par le clergé. Celui-ci tenait en effet à son culte avec ses temples, ses offrandes, ses domaines, et a son existence paisible que lui conférait son rôle de gardien et garant de la tradition. Ce sont les prêtres d'Amon qui manifestèrent le plus virilement leur farouche   opposition   à l'Aton, car c'était lui qui, en cas de réforme, avait le plus à perdre.

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Scène intime de famille Musée de Berlin                          En famille  Musée de Berlin

C'est par conséquent sur lui que le jeune Amenhotep IV retourna toute sa haine à l’encontre des opposants à la réforme. En se constituant le plus farouche défenseur du nouveau dieu, le pharaon, a, par son zèle proche du fanatisme, mené la nouvelle doctrine a l'échec. II manifesta effectivement son fanatisme religieux de manière insensée. En faisant marteler toutes les inscriptions portant les trois signes qui composaient le nom d’Amon. II fit effacer les trois signes, même dans les mots ou il n'était nullement question d'Amon. II alla jusqu’ a supprimer le signe qui composait le nom de la divinité Mout, femme du dieu Amon. On ne peut donc plus désormais écrire le mot «mère» de la même façon qu’autrefois sous peine d'encourir la colère du roi. Cependant, il fallait bien que le pharaon se rendit compte qu'il portait le nom du dieu haï. Il opéra donc un transfert d'un dieu a l’autre. Entre autres, son nom d'Horus d'or «Qui élevé les couronnes dans l'Héliopolis du Sud» devint «Qui élève le nom d'Aton».

Bien sûr, il troqua son nom d Amenhotep par trop «armonien» pour celui d'Akhenaton «Il plait a Aton».Ce qui engendra l'animosité du clergé dans l'atonisme, c'est que le dieu étant appréhendable par tous, il est désormais inutile de passer par les prêtres pour interroger la divinité ou pour l’adorer. De fait, il y a une personne et une seule, qui assure l'intérim entre le Disque solaire et les hommes, c'est le pharaon. En effet, l'Aton lui a délègue tous ses aspects de créateur; le roi est donc son équivalent terrestre, même s'il reste son subalterne, fait qui s'observe notamment dans les scènes d'offrandes puisque c'est lui-même qui offre au dieu solaire, toujours accompagné de son épouse Néfertiti, véritable égérie de son règne. On peut penser que cette dernière le poussa fortement à opter pour le monothéisme si on retient l'hypothèse selon laquelle elle n'aurait pas été la cousine du pharaon mais une princesse mitannienne (or l'aristocratie du Mitanni était pour la majeure partie aryenne).

Qui ne voit pas là le côté politique de cette réforme religieuse ? Le pharaon d'El-Amarna propose le monothéisme solaire à l'intelligence des hautes classes et a l'adoration instinctive des peuples : en politique, monothéisme signifie impérialisme. Si le culte unique, ou même simplement prépondérant d'Aton, avait été adopte en Egypte et en Orient, quel triomphe pour l’impérialisme égyptien, pour la civilisation nilotique ! Car l'interprète qualifie du dieu unique, c'est comme nous l'avons dit, Pharaon. «Tu es dans mon cœur, dit Aménophis IV à Aton ; il n'existe nul autre qui te comprenne, excepte moi, ton fils...» Dans cette tentative grandiose d'unification, nous pouvons soupçonner aussi l’influence des reines, mères et épouses mitanniennes appartenant au harem du pharaon, issues de ces Aryens pour qui le culte du Soleil représente la forme la plus pure du sentiment religieux. A tous égards, la reforme antonienne semble done se rattacher, par son origine, comme par ses buts, a la politique internationale. Malgré son insuccès, elle reste une preuve qu'avant Alexandre le Grand, les Darius et les Césars, l'intelligence des problèmes de politique mondiale n’a pas échappé aux pharaons.

 

Bibliographie

N. Reeves       Akhenaton le faux prophète de l’Egypte Thames and Hudson, 2001

 

Nicolas Grimal Histoire de l'Égypte ancienne Fayard 1998

 

Christian Jacq, Néfertiti et Akhenaton, Perrin

 

 

 

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