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Bataille de Qadesh

 

Avec Megiddo, Kadesh est la seule bataille relativement bien connue de la fin de l’âge du bronze. Des textes et reliefs la concernant ont été gravés ou consignés sur les parois de nombreux grands temples (Karnak, Louqsor, Abou Simbel, Ramesseum, à Abydos, etc.).

L'enjeu de la bataille et d’apporter la preuve de sa supériorité sur l'adversaire pour pouvoir affirmer l'hégémonie sur la Syrie. Cette région est constituée de petits mais riches États, grâce à leur agriculture et leur commerce.

En mai -1274 le Pharaon part de sa capitale Pi-Ramsès en direction de Kadesh et de l'Amourrou à la tête d'une immense troupe de 20 000 hommes, chars et infanterie, constituée de quatre divisions portant les noms d'Amon, Ptah, Rê et Seth. Elle est commandée par un état-major où le roi est le commandant suprême. Le Roi est assisté par un vizir, le ministre de la guerre ainsi que plusieurs généraux et ses fils qui doivent être formés à l'art militaire.

L’Armée Egyptienne

 

Fantassins Egyptiens

Chaque division est dirigée par un commandant en chef, dispose d’une logistique assurée par des scribes. Des hérauts assurent la transmission des ordres des supérieurs. Elle est constituée d'environ 5 000 hommes dont 4 000 soldats d'infanterie regroupés en compagnies elles-mêmes divisées en sections. Les fantassins disposent de boucliers de cuir, de massues, de haches, de lances, de javelots, de dagues et d'épées recourbées. Les troupes de choc sont des escadrons de chars légers à deux roues tirés par deux chevaux. L’équipage comprend le conducteur, deux soldats, un archer qui dispose également d’armes pour le combat rapproché. On compte environ 500 par division, les officiers les encadrant sont parmi les plus prestigieux de l'armée égyptienne.

Char Egyptien

En plus des quatre divisions, l'armée égyptienne compte des troupes de mercenaires Shardanes en raison de leur qualité militaire et leurs épées longues. (Le Roi d'Amourrou, Benteshina vassal de Ramsès joignit ses forces aux troupes Shardanes dont il prit le commandement). Le dernier corps mentionné des troupes Néârins évaluées à 2 000 hommes environ.

Qui sont les Néârins - na’arins - N’rn

Néa‘ârin est un nom sémitique, (djamou hounou néférou) en égyptien signifiant “jeunes gens”. Les Néârins sont une troupe constituée des meilleurs soldats de l’armée de Ramsès II. Pour certains égyptologues, c’était une troupe d’élite basée en Amurru. Elle serait venue de la côte par le Nahr el-Kébir au moment opportun pour sauver la situation périlleuse de la division d’Amon. Pour R. Schulman, se sont des éléments provenant des divisions d’Amon et de Rê, dispersés par la charrerie hittite, qui se reforment et se précipitent au secours de Pharaon. Pour H. Goedicke, les Néârins sont équivalents à la division de Seth en raison de l’origine sémitique de leur nom. Cette troupe serait constituée, au moins en partie, de troupes d’origine syro-palestinienne.

L’Armée Hittite

Les textes égyptiens et les reliefs décrivent en détail les troupes mobilisées par les Hittites. Muwatalli aurait levé des contingents parmi tous ses vassaux ainsi que des moyens financiers considérables pour les équiper. Il aurait constitué une force de 47 500 combattants et de 3 500 chars de combats. Ceux-ci étaient tirés par deux chevaux et montés par un conducteur, un archer, un porte-bouclier. Ces données donnent une large supériorité à l’armée Hittite, mais il est fort probable qu’elles soient exagérées, ayant pour but de glorifier l'exploit de Ramsès II, vainqueur d’une troupe largement supérieure à la sienne.

Char Hittite

Par contre, la description de l'origine géographique des troupes mobilisées est considérée comme fiable et correspond bien aux pays sous domination hittite à cette époque. Elle est cependant pas certaine.

La majorité des troupes est constituée de fantassins armés d'épées, de lances et d'arcs, faits en bronze, et protégés par des boucliers. Le corps d'élite est constitué par les chars de combat. La cavalerie est peu développée et réservée aux missions de surveillance et d'espionnage. Les Hittites ont souvent recours aux troupes de leurs vassaux qui doivent assister militairement et financièrement leur suzerain en cas de besoin. L'encadrement des troupes comprend le roi et les hauts dignitaires de la cour, en particulier le chef de la garde royale qui est généralement un frère du roi.

La Bataille

Les troupes égyptiennes arrivent dans la plaine de Kadesh par la vallée de l'Oronte, traversent le fleuve à un gué situé à Chabtouna. Ramsès reçoit alors deux bédouins Shasou qui lui disent que Muwatalli est avec ses troupes à Alep 190 kilomètres plus au nord. Il s'agit en réalité d'une manœuvre de désinformation car l'armée hittite est déjà installée juste au nord-est de Qadesh.

Vers le début du mois de mai, les troupes égyptiennes trompées par les agents doubles à la solde des Hittites se dirigent vers la gueule du loup. Le roi et sa division d'Amon franchissent l'Oronte et établissent leur camp à l'ouest de Qadesh, à l'opposé de la position des Hittites qui est au nord-est derrière la ville.

La progression de l’armée égyptienne devait tenir compte de trois points. 1 l’objectif principal était d’atteindre le pays d’Amourrou ; 2 il fallait surveiller un éventuel retour de l’armée hittite ; 3 ne pas laisser dans son dos des forces ennemies en cas de retraite.

Ramsès fit dresser son camp sur la rive gauche, au nord-ouest de Kadesh qui tenait parfaitement compte des trois points évoqués précédemment. Il avait l’aspect d’un camp rectangulaire, au croisement des deux voies principales se dressait la tente du roi. Son enceinte était constituée d’un un talus ou de nombreux boucliers étaient fichés dans le sol. Du camp partait la route permettant de gagner l’Amourrou, on pouvait y surveiller un éventuel retour des Hittites, de là, enfin, on pouvait préparer le siège contre Kadesh. Une unité d’élite constituée de na’arin protégeait le camp du seul côté où pouvait surgir une menace.

Les bas-reliefs d'Abou Simbel montrent le campement égyptien, délimité par des boucliers et dominé par la grande tente où le roi tient son conseil de guerre, tandis que tout autour les soldats s'affairent à réparer leurs armes, nourrir leurs chevaux et d'autres activités, sans se douter de l’imminence du combat. Des patrouilles sont mises en place. Une d'entre elle réussit à capturer deux patrouilleurs hittites égarés, qui après une bastonnade révèlent la position réelle de leurs troupes.

Au même moment, la division de Rê traversé l'Oronte et se dirige vers le camp, tandis que la division de Ptah est encore dans les bois de Laboui et que celle de Seth est encore plus au sud. Les lignes égyptiennes sont étirées sur une bonne quarantaine de kilomètres.

1 L'offensive hittite

Profitant de l’étalement des troupes égyptiennes, les hittites adoptent une stratégie consistant à tendre des embuscades aux divisions en évitant la confrontation directe avec la totalité de l'armée ennemie. Au moment même où Ramsès apprend la position réelle de ses ennemis une attaque est déclenchée contre la division de Rê.

Les 2 500 chars hittites, positionnés sur la rive droite de l'Oronte, franchissent le fleuve et brisent les lignes de la division de Rê qui ne peut réagir. Ils remontent ensuite vers le nord en direction du camp égyptien où la division d'Amon n'a pas eu le temps de se réarmer complètement. Cette première partie de la bataille est un revers cinglant pour les troupes égyptiennes, leur camp commence à être investi et leur roi est menacé. Muwatalli, positionné de l'autre côté de l'Oronte avec de nombreuses troupes, peut contempler son succès.

2 La contre-attaque

Croyant la victoire facilement acquise, les Hittites s'attardent à piller le campement égyptien. Ramsès est obligé de s'enfuir sur son char, il profite d’un moment de répit pour galvaniser ses hommes et mettre ses fils à l'écart. Il rassemble et réarme une partie de la division d'Amon qui rapidement est prête pour lancer une contre-attaque. Les Na'arin rejoignent le camp à la hâte depuis le nord, créant un apport décisif pour empêcher l'encerclement des troupes égyptiennes. Dans le même temps, la division de Ptah est prévenue de l'assaut et rejoint le champ de bataille au plus vite. Les troupes égyptiennes réussissent a renverser le cours du combat en leur faveur : les Hittites sont repoussés et sont forcés de battre en retraite en direction d'une zone marécageuse où beaucoup de soldats se seraient noyés, dont un frère de Muwatalli. Ce dernier assiste impuissant à la dispersion et au massacre de ses troupes depuis l'autre rive de l'Oronte Après cet affrontement, afin de décompter les ennemis tués, les Egyptiens coupent et ramassent les mains de leurs adversaires.

 

3 La fin des combats

Le soir la division de Ptah et de Seth rejoignent le gros de l'armée, les dernières troupes hittites sont refoulées hors du camp. Le lendemain, les troupes égyptiennes enfin réunies au complet et les troupes hittites encore nombreuses auraient fait une passe d'armes à l'initiative de Ramsès qui voudrait encore en découdre. Dans l'impasse, les deux camps cessent le combat. Ramsès reçoit une demande d'armistice de Muwatalli proposant à Ramsès de le laisser repartir sans encombre. Après avoir réuni son conseil, le roi égyptien accepte la proposition et repart dans son pays. Loin de ses bases et après avoir échappé à une débâcle, il s'agit sans doute pour le Pharaon de conserver ses forces encore disponibles et de les renforcer pour ensuite revenir dans la Bekaa pour faire valoir ses prétentions. Les deux ennemis se quittent en effet sans conclure de traité de paix :

Qui a gagné Kadesh

Les exagérations des sources Egyptiennes relatant la bataille, n’incitent pas à dire que Ramsès a gagné la bataille comme il le prétend. Bien qu’ils dénigrent les ennemis du Pharaon, les documents égyptiens dénoncent la lâcheté de certaines troupes, pour mettre encore plus en valeur l'action du roi : Ils relèguent également au second plan des corps (les Na'arin) ayant joué un rôle décisif dans les combats contre les Hittites. La bataille a peut-être été gagnée, mais les Égyptiens n’ont gagné aucun territoire et ils perdent le contrôle de l'Amurru. On peut considérer que Ramsès a perdu la guerre face aux Hittites.

 

Bibliographie

J. STURM, La guerre de Ramsès II contre les Hittites, Bruxelles, 1996

J H Breasted: The battle of Kadesh. The University of Chicago Press, 1903

Cl Vandersleyen: La guerre de Ramsès II contre les Hittites. Éditions Safran, Bruxelles, 1996.

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