French English German Italian Spanish

THOUTMOSIS III LE SOLEIL DES NEUF ARCS

 

Introduction

Thoutmôsis III régna 64 ans de 1504 à 1450 AJC durant lesquels le monde proche-oriental connut de grands bouleversements. Il fut l'un des plus grands conquérants et le pharaon le plus prestigieux de l'histoire de l'Egypte, deux siècles avant les Ramessides.

Il avait succédé à son père alors qu'il avait à peine atteint l'âge de onze ans. Deux siècles auparavant, l'Egypte avait dû subir l’invasion des Hyksos ; ces princes chassés de leurs terres asiatiques du Nord, créèrent de nouveaux et puissants États comme le Mitanni et le royaume hittite ; ceux-ci, bientôt, vont se heurter aux intérêts politiques et économiques de l'Egypte, qui imposait son autorité sur cette région depuis près de deux millénaires.

Le grand-père et arrière-grand-père de Thoutmôsis III avaient été de rudes guerriers et avaient réussi à établir l’imperium de l'Egypte sur de vastes territoires depuis la quatrième cataracte du Nil au sud jusqu'à l'Euphrate au nord. Mais l'équilibre politique était fragile ; les nouveaux royaumes s'organisaient en puissance et très vite vont menacer directement la terre des Pharaons. Thoutmosis II, dont le règne fut bref, ne fit rien pour repousser ce danger imminent. Ce sera le rôle de son fils, Thoutmôsis III.

Son Origine

Il est né à Thèbes dans le palais royal de Louxor. Son père était le pharaon Thoutmosis II, son grand-père un grand roi, vaillant et courageux avait conquis un vaste Empire, englobant pays africains et asiatiques, depuis la quatrième cataracte du Nil au Sud jusqu'à Euphrate, au Nord. Sa mère Isis était une concubine de son père et n'était pas de noble origine.

A la mort de son grand-père Thoutmôsis I, sa fille Hatchepsout âgée d'une quinzaine d'années devint reine. Comme le veut la tradition, elle épousa Thoutmôsis II qui était son demi-frère. C’est ainsi que celui-ci monta sur le trône .De union cette naquit deux filles : Maât-Neferourê et Mérytrê Hatshepsout.

Sa mère Isis souhaitant le voir accéder au trône, intrigua auprès de Thoutmôsis II. Comme il était son seul fils, il lui témoigna, dès sa naissance, un vif intérêt el une affection certaine et lui donna le nom de Thoutmôsis III.

Thoutmôsis II devint roi à quinze ans, de faible santé, il mourut à trente ans, après quinze ans d'un règne qui n'avait fait que maintenir la situation politique acquise par ses prédécesseurs.

Il décida assez rapidement de faire de lui son héritier. Il lui donna, dès l'âge de six ans, une éducation royale. Il lui apprit à tenir un arc, à diriger avec précision la flèche, comment conduire un char. Il manifesta déjà une force certaine, qui allait faire de lui, un athlète accompli. Il apprit ensuite à se servir de l'épée et de la lance. Il acquit, dès son plus jeune âge, les connaissances intellectuelles qui font de l'homme un être cultivé et sage. Un précepteur, un scribe cultivé et de grand talent lui fut attaché. Des rudiments de mathématiques, de géométrie, de médecine, d'astronomie lui furent aussi enseignés.

Thoutmôsis II plaça en lui sa confiance et son espoir. A l’âge de onze ans il l’associa au gouvernement du pays, l'initiant aux affaires de l'État. Afin de mieux légitimer ses droits au trône, il le maria selon l’usage à la princesse Mérytrê-Hatshepsout, sa seconde fille née de son union avec la reine.

Son Règne

À la mort de son père Thoutmôsis II, la succession lui revient. Trop jeune pour régner Hatchepsout va prendre le pouvoir en qualité de Régente. Rapidement Hatchepsout se fait couronner Pharaon avec l’appui du haut clergé d'Amon. Thoutmôsis III devient Corégent.

Après la disparition d'Hatchepsout (1458 av J.C) qui l’avait été écarté du pouvoir pendant presque 20 ans il monte enfin sur le trône (an 21 de son règne). Agé d'une trentaine d'années, il allait devenir un très grand pharaon. Installé dans sa capitale de Thèbes, il était le maître d'un immense empire géré par une puissante administration. Comme Hatshepsout, il sut s'entourer de hauts fonctionnaires compétents. Parmi ceux-ci, le vizir Ouser et son neveu et successeur Rekhmirê nous ont laissé, sur les murs de leurs tombeaux, des textes relatant les joies et les difficultés de leur charge. De nombreuses peintures nous les montrent dans l'exercice de leurs fonctions comme dans leur vie privée. Le Roi fait alors marteler les cartouches et images de sa belle-mère, leur substituant ceux de Thoutmôsis I et II, ou encore les siens. Il faut préciser que seuls les cartouches indiquant la royauté d’Hatchepsout ont été effacés.

Le Roi guerrier

Thoutmôsis III est surtout célèbre pour ses conquêtes, largement illustrées dans les bas-reliefs des pylônes de Karnak. Dès sa prise de pouvoir il reprend la politique d‘expansion de son père. En vingt ans, aidé de son chef des archers Amenemhat, et du général Tjanouni Il mènera 17 campagnes en Asie et une en Nubie pour consolider la domination Égyptienne

EGYPTE - MITANNI

L'Egypte et le Mitanni contrôlent de vastes espaces, malgré l'étendue des distances et de la lenteur des communications. L’autorité du Pharaon est respectée depuis la Nubie jusqu'aux rives de l'Oronte, celle du Roi du Mitanni depuis le haut Euphrate jusqu'à la Palestine. Au milieu de ces empires, la Syrie-Palestine est éclaté en innombrables principautés : Megiddo, Damas, Qadesh, Hamat, Ougarit, Alep. De médiocre envergure elles représentaient pourtant un enjeu politique majeur pour L'Egypte et le Mitanni soucieuses de contrôler ses plaines fertiles et ses carrefours commerciaux.

An 23  La Bataille de Megiddo

Thoutmosis III part réprimer une rébellion palestinienne soutenue par les Syriens. Le roi de la ville syrienne de Kadesh a reçu des troupes des tribus du Nord. Il rassemble l'armée de la coalition à Megiddo et se prépare à lancer une grande offensive contre l'Egypte. Thoutmosis n'attend pas l'attaque des rebelles. Il I recrute des paysans par milliers et constitue une armée forte de 10 000 guerriers. Il part de Memphis et atteint Gaza en 11 jours. Après dix autres jours de marche il arrive à Yehem. Thoutmosis décide de l’itinéraire le plus direct mais le plus propice aux embuscades qui passe par le défilé d'Arouna. Il marche à la tête de son armée pendant 12 heures. Le roi de Kadesh l'attend sur la route du Sud. Thoutmosis arrive devant la cité de Megiddo et fait face à la coalition. Il déploie ses hommes en trois "corps" et, à l'aube, lance une attaque foudroyante. A signaler l'apparition des archers sur les chars.. Les rebelles sont écrasés et trouvent refuge dans la forteresse de Megiddo. Les Egyptiens, qui pouvaient remporter une victoire définitive sur leurs adversaires, s'arrêtent pour piller le camp ennemi. Thoutmosis prit la forteresse de Megiddo après un siège de sept mois. Tous les princes de la région se soumettent. Les vaincus fournissent à Thoutmosis un tribut en chars et en blé et livrent des enfants en signe de soumission. Cette première victoire de Thoutmôsis III est due en partie à sa position stratégique sur le terrain. Les Égyptiens, déployés de chaque côté de la rivière étaient en surnombre et sur une hauteur ou les chars de la coalition n'étaient d'aucune utilité.

 

                                              La prise de la ville de Megiddo lui ouvrit la route du nord et permit la conquête de tout le Retenou et des ports phéniciens.

An 24-28  Thoutmôsis III poursuit ensuite vers Tyr, puis il brisera au cours de quatre campagnes suivantes, la branche occidentale de la coalition avec la prise de Kadesh. L'Égypte possède alors le contrôle des ports de la Méditerranée jusqu'à Antioche Lors de la deuxième campagne, le tribut comporte une Princesse accompagnée de 95 personnes, ainsi qu'entre autres, 10 chars et 103 chevaux.Cette région syro-palestinienne était composée de principautés tampons entre l'Egypte et le récent Etat du Mitanni, sur le Haut-Euphrate. Malgré ses talents de tacticien, il lui fallut quatre ans pour pratiquement rétablir la frontière de Thoutmôsis Ier.

Cependant, habile politique, il prit soin de conserver les gouvernements locaux, leur adjoignant simplement un chef égyptien. Il s'attaqua alors à Kadesh, qui tomba, et finalement le «Soleil des Neuf Arcs», comme on appelait le pharaon victorieux, put battre les Mitanniens et fixer la frontière sur l'Euphrate.

Les butins ramenés et les tributs imposés permirent de doter très richement le domaine d'Amon à Karnak et l'Egypte put disposer, outre de prisonniers de guerre, de femmes et d'enfants, de céréales, d'huile, de vins, de fruits, de miel, de bovins,   de chevaux,   d'ânes, d'ivoire, d'ébène, de cuivre, d'or, d'argent, d'étain, de lapis-lazuli, de pierres précieuses, d'encens et de myrrhe. De plus, les pays soumis étaient tenus de fournir un contingent qui servait sur place sous le commandement d'officiers égyptiens.

An 29-32  (6ème et 7ème Campagnes) Thoutmôsis III s'attaque au Djahy et à Qadesh. Il s'assure d'abord de la façade maritime en prenant Oullaza que tenait le prince de Tounip, allié de Qadesh à quelques kilomètres au sud-ouest de Tripoli. Après avoir ravagé la région d'Ardata en y détruisant récoltes et vergers, les troupes égyptiennes occupent le Djahy, que les textes décrivent comme une véritable un paradis terrestre. La Syrie sera totalement conquise par la mer au cours de la sixième campagne. les ports Phéniciens se soumettent au cours de la septième, un an plus tard.Thoutmôsis III mentionna dans un texte qu'il prit le port de Jaffa par la ruse, 200 de ses guerriers armés se cachant dans des grands paniers que le Roi offrit ensuite comme cadeau au Gouverneur de la ville Cananéenne.

Afin d'éviter de nouvelles révoltes, Thoutmosis III a recours à une politique que reprendra Rome plus tard : il emmène à la Cour d'Egypte trente-six fils de chefs qui serviront d'otages et seront élevés à l'égyptienne avant d'être renvoyés dans leur pays prendre la succession de leurs pères.

An 31-33  

En l’an 33 du règne de Thoutmosis III soit en -1446, l’Egypte et le Mitanni se déclareront la guerre. La 8ème campagne qui ne durera pas moins de 5 mois, est documentée par 11 sources différentes, les plus importantes de ces sources sont les stèles de Gebel-Barkal et d’Armant, hélas aucune de ces sources ne contient de récit complet, ce qui bien sur complique le travail de reconstitution, néanmoins en rassemblant et croisant les différents textes, les égyptologues ont pu reconstituer de manière fidèle le déroulement de la 8ème campagne de Thoutmosis III.

En l'an 33 commence la 8ème Campagne, l'affrontement direct avec le Mitanni. Ce royaume est protégé par une barrière naturelle l'Euphrate .Pour franchir le fleuve Thoutmosis III fait construire des bateaux fluviaux dans les environs de Byblos que son armée achemine jusqu'àu rives du fleuve sur des chars tractés par des bœufs. Après avoir franchi l'Euphrate, il consacre une stèle commémorative à côté de celle érigée naguère par son grand-père.Pour monter qu’il est le maitre absolu, II remonte ensuite vers le nord, ravage la région, défait un parti ennemi et retourne sur l'Oronte qui sera désormais la limite septentrionale de l'influence égyptienne.

Avant de rentrer en Egypte après avoir assuré, comme il le fera désormais à chaque campagne, l'approvisionnement des ports phéniciens. Il se distrait en faisant une chasse à l'éléphant à Niya, il en massacre 120 et rapporte les défenses comme butin. Il saura user de ces hauts faits (roi chasseur et roi qui repousse les frontières) dans sa propagande.

An 34-50  

Les campagnes suivantes servent à stabiliser les frontières de l’Égypte sur l’Euphrate, arrêtant par-là l’expansion du Mitanni. Les cités syro-palestiniennes, gouvernées désormais par des princes dont les enfants avaient été emmenés en otage, conservent une certaine autonomie, mais elles sont soumises au tribut par une administration égyptienne renforcée et par des troupes stationnées aux endroits stratégiques.

Sa campagne Asiatique finale, la seizième, est mieux documentée et stratégiquement plus importante que les six précédentes. Le Mitanni n'ayant toujours pas renoncé à laisser les Égyptiens prendre le contrôle de la Syrie, pousse les Princes des villes Phéniciennes au soulèvement. Thoutmôsis III fait prendre la voie le long de la côte à son armée pour aller écraser une révolte de deux cités dans la plaine de l'Arka à cette occasion le souverain s’empare du port d’Arqata près de Tripoli du Liban. Puis il prend et ravage Tunip et une autre ville dont le nom ne nous est pas parvenu. Sans attendre il tourne ensuite son attention vers trois garnisons Mitanniennes qui se situaient autour de la ville de Kadesh. Cependant la forte résistance de celles-ci va pousser Thoutmôsis III à renoncer à prendre la cité qui était pourtant un point stratégique.

Enfin dans sa 50e année de règne, Thoutmôsis III mène une dernière campagne, en Nubie, qui le mènera jusqu'à la ville de Napata. Son œuvre est considérable en Nubie. Il suit les traces de son grand-père Thoutmôsis I et atteint la cinquième cataracte. Il fait graver à Kenissa, une stèle frontalière, à côté de celle de son aïeul qui retrace ses hauts faits. Il sera le premier à répandre la culture Égyptienne si loin dans la région. Le plus ancien document Égyptien trouvé au Gebel Barkal date de cette Campagne de Thoutmôsis III.

Les conséquences de cette politique de conquêtes sont un énorme afflux de richesses en Égypte, sous forme de butin de guerre ou de livraisons annuelles. La Palestine et la Syrie envoient du vin, de l'huile, des bovins et des ovins, des chevaux, de l'argent, du cuivre, des pierres précieuses, des armes, des chars, des serviteurs et des princesses pour le harem royal. La Phénicie livre du blé, du cuivre et de l'étain ; elle prête aussi sa flotte pour les opérations militaires. D'Afrique arrive l'or, l'ivoire et l'ébène.

Le Bâtisseur

Thoutmosis III n'est pas seulement un grand guerrier mais aussi un constructeur. Durant son règne, entre 23 et 54, il multiplie les constructions en Egypte et en Nubie. Seul Ramsès II peut rivaliser avec son programme architectural. Il laisse sa marque sur une cinquantaine de sites dont Héliopolis d'où proviennent les obélisques de Londres et de New York. Bien souvent, ses monuments, agrandis par ses successeurs, sont restés en activité jusqu'à l'époque gréco-romaine. Quelques constructions :

 

l'Akh-Menou. 

Karnak : Il poursuit la transformation du temple d'Amon-Rê et décide de bâtir l'Akh-Menou. Aujourd'hui, ses reliefs conservent encore ici et là leur peinture d'origine. Voué au culte du roi et au renouvellement de la fonction royale, l’édifice. Il remplace le sanctuaire de la Chapelle rougepar le sien, en granite rose. A ses abords, il inscrit le texte des annales qui relatent ses campagnes militaires jusqu'en l'an 42. Sur la voie processionnelle nord-sud il ajoutera un septième pylône « ou il est représenté en vainqueur des Asiatiques », une paire d'obélisques, deux reposoirs de barque, et un temple dédié au dieu Ptah.

Karnak  Agrandir

 

Eléphantine : poursuite de la construction du temple de Satet.

Deir el-Bahari : Il construit un nouveau temple sobre « Djéser Akhet » étagé entre celui de Montouhotep IIet d’Hatshepsout. afin de détourner à son profit la procession annuelle de la Belle Fête de la vallée. Dans le delta : nombreuses constructions

Nubie : Construction des temples et spéos d’Amada, d’Ellesiya de Qasr Ibrim et du Djebel Dosha qui témoignent de sa mainmise sur la région

Vallée des Rois : Thoutmosis III fait creuser sa tombe (N° 34) dans une anfractuosité inaccessible, il y sera enterré à l'âge de soixante ans environ. La tombe est décorée du Livre de l'Amdouat mais n'est pas impressionnante pour un pharaon de cette importance. Sa momie fut retrouvée dans la cachette de Deir el-Bahari avec celles d'autres pharaons.

 

Fil de navigation