French English German Italian Spanish

LE RITUEL DE L’OUVERTURE DE LA BOUCHE

 

Scènes extraite des peintures de la tombe de Menna

But

Ce rituel hautement symbolique, est sans doute, un des plus connus de l’Egypte antique. On le retrouve très souvent dans la décoration les tombes et sur les papyrus funéraires. Il joue un rôle central dans le Livre des morts et dans les décors funéraires du Nouvel Empire. Il permet de préparer, d’animer le défunt pour sa future vie et pour qu’il puisse passer, avec succès, les épreuves (tribunal de l’au-delà, passage des portes, pesée de l’âme). Il oblige le défunt à parler, à entendre, à voir, bref a retrouver ses cinq sens.

Origine

Son origine semble remontée aussi loin que la période prédynastique, avant le règne du roi Narmer. Très développé au Nouvel Empire, les dernières illustrations de ce rituel perdureront jusqu’à l’époque romaine !

A l’origine le rituel de l’ouverture de la bouche s'appliquait uniquement à la statue qui représentait le double du défunt (ka). Placée dans la tombe elle recevait les offrandes alimentaires journalières que les prêtres déposaient à leurs pieds. Par la suite (début du Nouvel Empire)le rituel se pratiqua aussi bien sur la momie du défunt que sur sa statue.

Le rituel

Pour les défunts de certaines classes privilégiées, le rituel était récité, mimé, interprété par des acteurs. Il était constitué de 75 étapes« Préliminaires (1 à 9) - Animation de la statue ou du défunt (10 à 22) – Offrandes (23 à 46) - Nourritures funéraires (41 à 71)- Clôture (72 à 75) » et dirigé par le chef des embaumeurs «Chancelier du dieu » qui, avait pratiqué la momification 

Son bon déroulement nécessitait l'emploi d’un ensemble d'instruments liturgiques imposant. Les plus connus sont l’herminette, les aiguières de formes distinctes, les couteaux (le doigt d’or ou de pierre), et le peseshkaf. Cet outil comporte une partie active bifide (en forme de queue de poisson) et une partie manche. Le but du rituel est simple : le fils du défunt va toucher avec l'instrument la bouche de la momie apprêtée afin de transmettre aux organes des sens une fonctionnalité récupérée par une action magique. Le défunt mange et boit à nouveau  

                                                                                                       

A ces ustensiles, s'ajoutaient des huiles, des pommades, des onguents et des fards servant également dans les opérations d’embaumement. Les intervenants étaient vêtus d’une écharpe, d’un pagne à devanteau, un bandeau de tête, d’une peau de léopard pour le prêtre sem

Le prêtre-sem vêtu de son attribut la peau de léopard encense des offrandes. Le prêtre officiant tient à la main l’erminette. La momie est maintenue droite par un prêtre portant le masque d'Anubis.

La cérémonie

Le cortège funèbre constitué des membres de la famille du défunt, de ses voisins, de pleureuses engagées pour clamer le désespoir de tous, se dirigeait vers la tombe. Suivait le sarcophage accompagné pour les défunts d’un haut rang, d’un imposant mobilier funéraire. Arrivé devant la tombe, la momie sortie du cercueil était déposée debout devant sa sépulture. Les textes précisent que la momie doit être mise devant Rê, c’est pourquoi le visage du mort est orienté au Sud.

Suivent des scènes de purification avec aiguières, natron et encens, ce dernier produit servant aussi pour les fumigations. Lorsqu’il y a une statue on procède sur celle-ci au «jeu de l’animation  » réalisé par un prêtre-sem accompagné par les artisans qui l'ont façonnée. Le prêtre-sem procède ensuite à l'attouchement de la bouche avec le doigt qui prononce : je suis venu pour te chercher ! Je suis Horus et j'ai rouvert pour toi ta bouche.

Une herminette est approchée par Ay, sur le visage de la momie de Toutankhamon      

Vient alors un épisode important du rituel, on sacrifie un veau pour lui prélever son cœur et un cuisseau. Ce ne sont pas des offrandes de nourriture, mais une constituante du rituel de l’ouverture de la bouche (la forme du cuisseau, et son hiéroglyphe, ressemble à une herminette). Ils seront avancés devant le visage de la momie ou de la statue du défunt pour magiquement lui ouvrir la bouche et les yeux avant que l'on se serve des différents instruments, herminette et couteau. Il est important qu’ils soient présentés encore chauds car ils aideront à rendre la vie, à animer le défunt, juste avant l’usage de l’herminette.

Différentes onctions prennent place ici pour encensement, aspersions, fumigations et libations avant le "Repas funéraire" : préparation de l'offrande alimentaire, purification, consécration des animaux d'offrandes ; et récitation des formules d'invitation au repas.

Le rituel arrivera à son terme par le transport de la statue dans sa chapelle. Après une oraison finale et  avoir fermé son sarcophage le défunt sera inhumé dans sa tombe.

Dans les décorations des tombes ou sur les papyrus on voit régulièrement l’épouse du défunt. Il se peut bien sûr qu’elle meure en même temps que son époux, mais dans la grande majorité des cas, elle se prépare, à l’avance, aux rites funéraires et surtout, joue le rôle de l'épouse du défunt devenu  d'Osiris :  la déesse Isis .

Bibliographie

Jan Assman, mort et au-delà dans l’Egypte ancienne, éditions du Rocher, 2003

J-C Goyon, rituels funéraires de l’ancienne Egypte, Les éditions du Cerf, 2004

 

 

 

Fil de navigation