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Deir el-Médineh

 

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Situation

Deir el-Médineh (ou Deir al-Médina) est le nom arabe d'un village où résidait les artisans chargés de construire les tombeaux des pharaons dans la vallée des rois et des reines ainsi que les temples funéraires qui longent la rive ouest du Nil. Il signifie « le couvent de la ville » car le temple du village avait été converti en monastère chrétien au Vème siècle .

Deir el-Médineh est niché au creux d’un vallon désertique à 725 km au sud du Caire sur la rive ouest du Nil en face de Louxor. Il se compose des vestiges d’un village, d’une nécropole et d’un temple

Ce site est un témoignage de la vie en Égypte sous Nouvel Empire. Les textes, dessins, mobiliers trouvés dans maisons et les tombes des ouvriers ; ont permis de rendre compte, de la vie quotidienne, de la littérature, de l’art, de l’administration, qui avaient cours à cette période.

Histoire

C'est Aménophis 1er qui crée « les serviteurs dans la Place de Vérité » une confrérie composée des meilleurs ouvriers et artisans.Aménophis était manifestement une figure importante pour les ouvriers de la ville, puisque lui et sa mère étaient tous deux les divinités protectrices du village. Mais c’est son fils Thoutmosis 1er (1504 -1492 qui fait édifier dans un vallon désertique le village pour les loger.

A début de la XVIIIᵉ dynastie, sous le règne Thoutmosis Iᵉʳ le village fut agrandit vers l’ouest puis vers le sud à partir du règne d’Horemheb et des premiers ramessides, époque à laquelle le village atteint sa superficie actuelle. Après le règne de Ramsès III, les conditions de vie dans le village deviennent de plus en plus difficiles car le village subit les incursions régulières des nomades libyens. Le village demeure en activité jusqu’au règne de Ramsès XI (-1099) mais l’insécurité grandissante dans la vallée du Nil force les ouvriers à se réfugier à l’intérieur de l’enceinte fortifiée du temple de Médinet Habou, pour ne plus jamais revenir vivre dans le village. L'occupation du site par les serviteurs dans la Place de Vérité aura duré environ500 ans.

Le Village

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Le village est entouré d'une enceinte de 5 m de haut et héberge 68 maisons. Pour 15 d'entre elles on a retrouvé l'identité de leurs propriétaires sous le règne de Ramsès II. Il fut construit autour d'une allée centrale orientée Nord Sud le divisant en deux quartiers. Elle permettait également de se rendre au temple. Les maisons construites en briques crues étaient petites et mitoyennes, elles comportaient souvent un étage. Les pièces étaient blanchies à la chaux et décorées. L’entrée des maisons était parfois ornée d'un petit pylône précédant une cour hébergeant une chapelle surmontée par une petite pyramide.

La Communauté

Les habitants, appelés " les serviteurs dans la place de vérité ", formaient un corps particulier d'ouvriers spécialisés.On distingue trois sortes de spécialistes : Les carriers – les graveurs , sculteurs – les peintres. Ils sont chargés de creuser, d'aménager et de décorer les tombes royales . Logés, nourris, blanchis et approvisionnés par les soins de pharaons, ils dépendaient directement du vizir. Leur travail était payé en nature, principalement en blé, à la fin de chaque mois. On leur fournissait aussi d'autres denrées: poissons, légumes et parfois vin, viande, sel, etc.

Des équipes de scribes, de peintres, de porteurs et d’ouvriers se relayaient tous les dix jours pour travailler dans les tombes et se reposaient pendant une journée, entre les périodes de travail. Le paiement était effectué en nature. Ils n’étaient pas des esclaves, mais n’avaient pas tellement le choix d’une carrière non plus. Cette communauté ouvrière vivait à l’écart, sans entretenir aucun rapport avec l’extérieur pour des motifs évidents de secret dictés par le travail délicat de préparation des tombes royales. Elle dépendait directement du vizir. En outre, le travail était contrôlé par un corps spécial de gardes appelés Medjaïou, qui résidait à l’extérieur de la zone habitée et surveillaient la nécropole. Le village restait donc fermé et surveillé en permanence pour s’assurer qu’aucune information ne filtrait sur les trésors que recélaient les tombeaux

Les Égyptiens possédaient peu de meubles. Ils disposaient de paniers d’osier qui servaient à ranger les objets domestiques et des coffres aux formes variées. Les denrées alimentaires et les liquides étaient conservés dans des récipients en poterie. La découverte de nourriture et de résidus de vivres a permis d’établir que le régime des habitants était fondé sur le blé et le poisson, distribués sous forme de rations à chaque ouvrier à titre de rétribution pour le travail fourni. Des fruits, des légumes secs, du miel et parfois de la volaille, considérée comme un aliment de luxe il complétait la nourriture quotidienne. La bière, obtenue par fermentation du blé, était la boisson traditionnelle. Des femmes esclaves étaient à la disposition des habitants, à tour de rôle, pour les tâches domestiques .De nombreux porteurs (d’eau, de plâtre, de légumes.), des blanchisseurs, cordonniers, potiers, pêcheurs assuraient pour les ouvriers l’intendance qui s'effectuait à l'extérieur des murs.

 

Les Divinités

La communauté avait entre seize et dix-huit chapelles. Les plus grandes furent dédiées à Hathor, Ptah

Excepté la déesse Hathor principale divinité du village, les habitants semblaient préférer les dieux secondaires. Parmi les nombreuses divinités adorées nous citerons :

Aménophis 1er et sa mère Ahmès-Néfertari. Ils sont considérés comme les saints patrons du village dont on a retrouvés de remarquables statuettes en bois

Ptah le patron des artisans seigneur de la Vallée des Reines très présent dans le village et sur certains murs de tombes

Mereretséger Protectrice des ouvriers de Deir el-Médineh, Déesse du silence, elle est aussi la protectrice des tombes et veille sur les morts. De tempérament doux, et rassurant, elle compte parmi les divinités que le peuple se plaît à adorer.

Le Temple

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Construit en même temps que le villagele temple a été modifié à plusieurs avant d’être totalement détruit et reconstruit pendant la période ptolémaïque. De petite dimension (9m de large sur 22 de long) il comporte trois sanctuaires juxtaposés précédés d'un vestibule soutenu par deux colonnes à chapiteau hathorique.

Ici étaient vénérés Amon-Rê-Osiris, Amon-Sokar-Osiris et Hathor4 et on trouve dans un des sanctuaires une très rare représentation de la pesée du cœur devant Osiris qui devait définir si le défunt était apte ou non à entrer dans le royaume des morts.

Bien que fort modeste, le temple est pourvu d'un mammisi, actuellement visible sous la forme d'un renfoncement dans un des murs extérieur du temple, lui-même entouré par une enceinte en briques crues typique.

Cette salle hypostyle n’est séparée du vestibule qui la succède que par deux colonnes composites et deux murs d’entrecolonnement.

Vestibule

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1 La porte, logée entre les deux colonnes, ne possède pas de linteau.

2 A gauche, en entrant, un escalier mène du vestibule vers le toit du temple. Ce vestibule est orné de scènes d’offrandes notamment une très belle scène montrant le roi faisant offrande à un taureau Apis sur une barque et sous un dais, sur la Paroi Ouest. Les murs sont également ornés, près de l’escalier, d’une succession de Hâpy tenant dans leurs mains les offrandes et les bienfaits du Nil.

3 Registre du haut : le roi (?) offre de l'encens et une libation aux divinités  Osiris Ounnefer, Isis, Horus et Nephtys. 3 Registre du bas : le roi (?) fait une offrande à Amon, Mout, Khonsou, Montou et Tjenenet.

Suivent ensuite trois Chambres de dimensions sensiblement égales.

La chapelle Centraleest décorée de nombreuses scènes d’offrandes. Dédiée à Hathor-Maât, le plafond, orné d’étoiles à cinq branches, est complété en son centre par une succession de vautours volant vers la porte.

Paroi droite registre supérieur

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1 le Roi en adoration devant Hatoret et Maât.

2 Ptolemée IV suivit d’Arsinoué, offre l'œil oudjat à Amon ithyphallique (en érection).

3 Gros plan de Mehyt-Ouret déesse à tête de vache, Amon, Maât, Hathor.

 

La chapelle Sud, dédiée à Amon-Sokaris-Osiris, contient une très rare représentation de la pesée du cœur devant Osiris qui devait définir si le défunt était apte ou non à entrer dans le royaume des morts.

 

1 Horus fils d’Isis et Anubis veillent au bon déroulement de la pesée du cœur en plaçant sur la balance le cœur sur le plateau gauche et la plume Maâtsur le plateau droit. Au-dessus de la balance deux briques d'accouchement personnifient Meskhenet qui témoigne du caractère du défunt et de la façon dont il a mené sa vie. Son discours influera sur le jugement final.

2 Thot dieu des scribes note sur sa palette le résultat de la pesée.

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3 Hor-pa-khred qui signifie "Horus l'Enfant" (représenté nu, la mèche de l'enfance sur le côté) précède Amit la grande dévoreuse et les 4 fils d'Horus sur une fleur de lotus.

4 Barque sacrée dédiée au dieu à Sokar. Sur son dôme La tête du faucon Horus Sokaris surmonté du disque solaire A la proue, tête de d'un taureau adorée par de de petits faucons.

5 A Gauche de Min dieu de la fertilité, le Roi encense Anubis qui lui présente ce qui semble être la lune.

La chapelle Nord. Elle est consacrée à Amon-Rê-Osiris. Sur le mur extérieur Nord du temple, se trouve un vestige d’un temple sous Auguste, où le roi fait offrande à Maât, Hathor. Egalement au mur sud se trouve le vestige d’un mammisi datant de Cléopâtre III. On y voit le roiPtolémée IX offrant du lait à Hathor tenant sur ses genoux son fils Horus enfant. ( ?)

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1 Le roi fait une libation et encensement devant Osiris, Nout la mère des dieux, Isis, Harendotès, Nephtys, Anubis

2 Ptolémée Vi fait une offrande de nourriture à Amon, Mehyt-Ouret , Hathor, Amon rê , Maat, et Isis

Le temple a servi pendant environ trois siècles de sanctuaire chrétien, d'où l'aspect parfois noir de certaines parties des murs ou des plafonds, la suie des cierges s'y étant déposée. Aujourd'hui, il est en de bonnes conditions et certaines des couleurs sont conservées.

Les Cimetières

La nécropole de l'Est

Il aménagé sur l'arrière de la colline de Gournet Mouraï. Il a la particularité divisé en trois zones. La première au Sud était réservée à de jeunes enfants. Ils sont inhumés dans de petites fosses recouvertes de pierres. La seconde était réservée aux adolescents inhumés, dans des cavités grossières. La troisième au Nord était réservée aux adultes. Ce cimetière de l'Est n'avait aucun lien avec les ouvriers de la tombe.

La nécropole de l'Ouest

Il est aménagé sur la colline de Deir el Médineh face au Ramesseum, Les tombes des artisans et des ouvriers étaient creusées à flanc de montagne, à quelques dizaines de mètres de la zone habitée. La structure des tombes de cette nécropole est caractéristique : elle comprenait une ou deux cours au fond desquelles se trouvait une chapelle, que complétaient parfois plusieurs chambres creusées dans la pierre, et qui était ornée d’une entrée en briques crues, surmontée d’une petite pyramide. À l’intérieur de la paroi du fond, toujours orientée à l’est, une niche accueillait une statue du défunt ainsi qu’une stèle portant un hymne au soleil. La chapelle externe était vouée au culte du défunt, enterré avec un riche matériel funéraire dans les chambres sépulcrales creusées profondément dans la montagne.

Bibliographie

Schafik Allam         La vie municipale à Deir el-Médineh BIFAO 97, Le Caire, Janvier 1997.

Bernard Bruyère : - Deir el-Médineh,

La nécropole de l'ouest, FIFAO 14, IFAO, Le Caire, 1937.

La nécropole de l'est, FIFAO 15, IFAO, Le Caire, 1937.

Rapport sur les fouilles de Deir el Médineh de 1923/ à 1947, FIFAO 2 à 21 Le Caire, 1925 à 1952.

Valibelle Dominique : Les ouvriers de la tombe. Deir el-Médineh à l'époque ramesside, IFAO, 1985

Robert Mingam Deir el Médineh, le village des Artisans de la XVIIIe dynastie

Michel Malaise Alimentation des ouvriers de Deir el Médineh au nouvel Empire

Photographies

© Rémih © Steve F-E-Cameron © Olaf Tausch © Kairoinfo4u  © Pufacz  © egypte-eternelle

 

 

 

 

 

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