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La vie  tout entière l'Egyptien baignait dans la religiosité. Pour lui, chaque événement, petit ou grand, de sa vie et de son environnement, depuis la crue du Nil jusqu'à la mort accidentelle d'un animal, dépendait entièrement du comportement des dieux. Les racines de la religion égyptienne plongent profondément dans un passé très ancien encore sans pharaon. Durant la préhistoire ils révéraient les merveilles naturelles de la nature, la férocité du lion, la vigueur du crocodile, les soins attentifs de la vache pour sa progéniture.

Les premières divinités et à  venir étaient souvent figurées sous une forme animale. Khnoum, dieu associés au thème de la création, avait pour représentation un animal exceptionnellement prolifique le bélier. Fidèle gardien des tombeaux et dieu des morts, Anubis paraissait sous les traits d'un chacal au repos. Thot, dieu du savoir et de la sagesse, inventeur de l'écriture, vizir et scribe officiel de l'au-delà, avait pour incarnation tantôt l'ibis, tantôt le babouin, peut-être parce que les attitudes graves de ces animaux suggéraient la profondeur de la pensée.

Durant une bonne partie  de l'histoire égyptienne, les   spécimens   vivants   d'espèces   animales    associées aux   dieux   vécurent   dans   les   temples,   nourris   et soignés.  Un crocodile dieu du soleil, de  la terre et de l’eau, flottait  dans   l'étang   sacré  Crocodilopolis. L’ibis  de Thot était honoré à  Hermopolis. Dans  le temple de   Bubastis, vivait  choyé  le chat d'une déesse .le bœuf sacré Apis coulait des jours heureux à Memphis. Tout comme les humains, on momifiait ces animaux après leur mort.

Les Egyptiens avaient une crainte respectueuse pour les manifestations de la nature. Au cœur des nombreux objets de leur dévotion, le Soleil. ils présumaient que toute vie dépendait de lui, ils l'adoraient sous de nombreux vocables et par des cultes variés. Rê était l'un de ses patronymes, le centre de son culte se situais à Héliopolis (en Grec, la ville du Soleil).Il s'inscrit parmi les premiers dieux à être reconnus par toutes les populations de la Vallée et, pendant toute la civilisation pharaonique, il demeura l'une des plus importantes divinités nationales.

Quelque temps avant l'avènement de la Première dynastie, l'anthropomorphisme, qui fait les dieux à notre image, apparaît dans la religion des Egyptiens. L’une des premières divinités à subir cette fusion fut Hathor, déesse de l'amour et de la naissance : elle reçut une tête et un corps humain, mais conserva un attribut de sa représentation animale : les deux cornes de la vache. Thot acquit à son tour un corps d'homme mais garda sa tête d'ibis. Plus tard encore, Anubis qui commençait à jouer le rôle de juge des morts tout en restant le gardien des tombeaux prit   lui   aussi   un   corps   humain   sans quitter sa tête de chacal. De même Khnoum le créateur des humains qu'il façonnait sur un tour de potier, se vit doté d’une tête de bélier.

Les dieux  qui apparurent  plus tard se virent conférer dès l'abord une représentation physique  totalement humaine. L'un des premiers, Ptah, dieu des artisans, surgit à l'heure où Memphis fut fondée comme capitale de l'Ancien Empire. Osiris, dieu des régions infernales, étant un dieu mort, ses représentations le font voir comme un corps momifié. couché sur son lit funèbre, assis sur le trône ,ou debout tel un être ayant vaincu la mort.

Le panthéon égyptien comprend d’innombrables déités.  Du début à la fin de son évolution religieuse, l'Egypte a possédé une foule de dieux. Le fait tenait à la configuration sociale de sa population,  composée d'un agglomérat de petites communautés agricoles. Chaque localité se réclamait de sa divinité autochtone et ne la répudiait nullement, en dépit de l'œuvre d'unification entreprise par les pharaons.

Parallèlement, les Egyptiens opéraient un amalgame en identifiant tel dieu à tel autre et en groupant au sein de familles célestes les divinités   voisines.   L'importance    d'un   dieu    coïncidait avec la puissance économique et politique de sa ville natale. Les dieux des vieux villages fusionnaient avec ceux des communautés en expansion; les dieux des localités en plein essor s'amalgamaient aux divinités prééminentes.

La carrière d'un dieu était liée au sort de sa ville d'origine à un point qu'illustre, peut-être mieux que tout autre, le cas d'Ammon de Thèbes, qui accéda à l'empyrée longtemps après la naissance de la civilisation égyptienne : ce dieu et sa ville ne sortirent de l'obscurité qu'après la fondation du Moyen Empire. Ammon « le caché » était une entité invisible, parfois assimilée au souffle qui anime tous les êtres vivants, considéré comme un esprit doué d'ubiquité il étendit son culte sur l'Egypte entière avec l'aide et l'influence de la domination thébaine.

Toute fois l'Egypte demeurait une terre de dieux locaux. Chacun d'eux résidait dans  un temple érigé pour lui seul dans sa ville d'origine. Son culte n'était pas nécessairement limité, pour la durée des âges, à sa ville natale. Il pouvait accéder à la popularité, puis à la primauté nationale, et la garder aussi longtemps que la cité ou les hommes de sa foi demeuraient influents.

Chaque grande cité d'Egypte avait une conception particulière de la Création où le dieu local était souvent l'acteur principal. L'existence de plusieurs grands récits cosmogoniques distincts ne semblait pas poser de problèmes particuliers aux Egyptien Chaque récit prévalait au sein du territoire qui l'avait vu naître, même si la version évoquée à Héliopolis peut être considérée comme la plus légitime à cause de son association avec Rê, dieu-soleil. Les quatre cosmogonies importantes sont celle d’Héliopolis, de Memphis, d’ Hermopolis et de Thèbes, chacune ayant développé des théories particulières. Nous verrons plus tard la cosmogonie d’Héliopolis

Toute religion possède un contenu éthique, à côté de ses aspects théologiques, et l'élément majeur de la morale égyptienne s'appelait maât. Mot quasi impossible à traduire avec précision, car il impliquait la combinaison de concepts tels que «justice », « ordre », « vérité » et « rectitude » ; qualité inhérente non pas à la nature humaine, mais infuse dans l'univers, par les dieux, à l'heure de la Création. Aussi bien, la maât symbolisait la volonté céleste, et chacun s'efforçait d'accorder sa conduite à cette volonté, parce que c'était la seule façon de se trouver en harmonie avec les dieux. Pour le paysan égyptien, la maât signifiait travailler dur et honnêtement; pour le notable, elle était synonyme d'agir avec équité.

Les Egyptiens imaginaient la survie comme une réplique des meilleurs moments vécus ici-bas. Ils s'y préparaient avec assiduité et conviction. Jusqu'à sa dernière heure, l'Egyptien bien-né s'affairait à la construction et a l’aménagement intérieur de sa sépulture dans laquelle  il passera l'éternité. Le pharaon et le noble y consacraient des années et parfois des décennies. Ils faisaient  représenter sur les murs de leurs tombeaux les activités qu'ils espéraient poursuivre après leur mort : navigation à voile, chasse au gibier à plumes et à poils, banquets. Ils faisaient  décrire  en images les tâches de leurs domestiques : tissage, cuisson du pain, pacage, labourage.

Au début de la civilisation égyptienne, la survie restait le privilège du pharaon et de sa famille : eux seuls étaient d'essence divine et immortelle. Avec la fin de l'Ancien Empire, cette croyance s'étendit au bénéfice des nobles; par permission royale, ils pouvaient ériger leur sépulture près du tombeau pharaonique, et graver sur ses murs les services rendus à leur souverain. Cette proximité aidant, ils espéraient partager l'immortalité avec lui. Serviteurs et domestiques dont les fonctions pouvaient être utiles à leur défunt maître avaient une chance de récolter les miettes de l'éternelle félicité, grâce à leur nom ou à leur image inscrits sur les murs funéraires des puissants.

Les fêtes religieuses ne manquaient pas, mais la plus spectaculaire peut-être était celle qui avait lieu à l'époque de la crue du Nil, en l'honneur d'Ammon. A la faveur d'une pittoresque procession de tout son clergé, Ammon quittait sa chapelle de Karnak pour la rive du fleuve où il s'embarquait sur une barge de parade qui remontait le courant jusqu'au temple de Louksor. Il y demeurait un mois ou presque, puis rentrait à Karnak avec le même apparat. Autre fête en grande pompe : celle d'Abydos, nécropole des premiers pharaons et, selon la croyance de nombreux Egyptiens, site où se trouve enterrée la tête d'Osiris. C'est   pourquoi   la  ville  était  un  lieu  de  pèlerinage populaire. Tout Égyptien qui en avait les moyens entreprenait le voyage d'Abydos pour assister à la recréation du drame mythique d'Osiris.

Les prêtres qui célébraient les services religieux constituaient une pyramide hiérarchique dont le pharaon figurait le sommet. En principe, ils étaient ses délégués, et toute promotion cléricale restait soumise à l'approbation du souverain qui désignait selon son bon plaisir, à tel ou tel poste, tel ou tel prêtre. Mais, en pratique, la prêtrise constituait un état héréditaire dans sa majorité et se transmettait de père en fils. A l'occasion, une vacance prenait fin, dans un temple, par une élection au sein de son clergé. Aux temps du Nouvel Empire, il ne devint pas rare qu'une personne à la recherche de la sécurité professionnelle achetât une charge de prêtre, source de confortables revenus.

Seuls, les rares prêtres admis à pénétrer dans le saint des saints et à assister à la divine toilette consacraient tout leur temps au service du dieu. Les autres, d'un grade moins élevé, avaient une spécialité : astrologues, théologiens, lecteurs de textes sacrés, scribes, chanteurs ou musiciens, ils servaient la divinité à raison d'un mois sur quatre, durant lequel, abandonnant la vie civile, ils allaient s'installer derrière les murailles de l'enceinte du temple. Et, de même, les prêtres composant le bas clergé — porteurs des objets sacrés, interprètes des drames liturgiques et surveillants des artisans du temple.

Durant leur période de service religieux, prêtres spécialisés et bas clergé menaient une existence de pureté monacale. Ils rasaient leur corps en totalité, jusques et y compris les sourcils et les cils, multipliaient les ablutions et pratiquaient l'abstinence charnelle. Comme ceux de toutes les autres collectivités humaines, les prêtres égyptiens se distinguaient de leurs concitoyens par le vêtement : ils s'habillaient d'une courte pièce de tissu roulée autour des reins dès l'époque prédynastique, qu'ils portèrent sans aucun changement jusqu'à la fin de l'Egypte pharaonique. En dehors de leur temps de service, les prêtres spécialisés et le bas clergé vivaient dans le siècle à la manière de tout un chacun.

Les femmes pouvaient servir comme prêtresses à temps partiel et   parfois   remplir   les   mêmes fonctions que leurs homologues masculins. Un pharaon de la XVIIIe dynastie fit nommer son épouse-reine à l'un des postes religieux les plus importants d'Egypte, celui de second prêtre du temple d'Ammon à Karnak. Mais, en général, les prêtresses restaient confinées au rang  de chanteuse  ou  de  musicienne.

L'évolution de l'empire égyptien est jalonnée de changements qui ont affecté les structures traditionnelles de la nation, y compris les cadres de la vie religieuse et ceux de la souveraineté royale. A l'époque de l'Ancien Empire, le pharaon était la source unique et incontestée du verbe divin. Avec la prolifération de dieux nationaux — qui s'accompagna d'une mise en place très étoffée d'appareils cléricaux — l'autorité religieuse du pharaon diminua dans le temps même qu'augmentait la richesse matérielle et le pouvoir des prêtres. Telle était la situation qui prévalait vers la deuxième moitié de la XVIIIe dynastie, quand l'hérésiarque Aménophis IV, sous le nom d'Akhnaton, secoua la dictature du dieu national Ammon, divinité majeure de l'époque, et voulut imposer à l'Egypte un dieu nouveau et une nouvelle  forme  de culte.

Après Akhnaton, l'idée de relation entre l'homme et son dieu se fait jour. D'un hymne remontant au règne de Ramsès IV, écoutons ce passage : « Et tu me donneras la santé, la vie et la vieillesse, et tu me donneras un long règne, avec la vigueur dans tous mes membres . . .Et tu me donneras à manger . . . et tu me donneras à boire  » Désormais, les dieux ne sont plus considérés simplement comme les sculpteurs de l'univers et comme de capricieux fomentateurs de troubles, mais on les tient pour responsables du bonheur de leurs créatures, on les veut compréhensifs à l'égard des nécessités et sensibles aux requêtes des hommes.

Or, peu après l'émergence de cet esprit de connivence, la décadence du clergé et du cérémonial religieux s'amorce elle aussi; puis, quand la civilisation égyptienne penche vers son déclin, le culte des animaux, ressuscité, se fortifie. Quand les conquérants grecs prennent pied dans la vallée du Nil à l'heure même où s'effondre l'empire, ils laissent ses habitants en proie aux désastres économiques, le peuple, rongé par un sentiment de grande insécurité, a perdu sa foi enthousiaste en la vie. Au lieu d'en appeler à la confiance, sa religion prône l'humilité, la soumission et la patience. On ne considère plus la mort comme une suite des plaisirs terrestres; au lieu de quoi, elle apparaît désormais comme le terme des épreuves d'ici-bas.

Mais, au cours des âges, leur religion avait été profitable aux Égyptiens. En opérant d'abord la symbiose des dieux et des pharaons, puis en unissant le peuple avec eux, elle a apporté cette cohésion indispensable à la floraison d'une civilisation durant près de trois mille ans. Ouvrant les portes de son panthéon à de nouveaux dieux et à des idées neuves, elle a favorisé la malléabilité de l'esprit égyptien. Le polythéisme peut étonner par ses dissonances, mais il va de pair avec la tolérance; et la tolérance a épargné à l'Egypte pharaonique bien des antagonismes, des divisions et des effusions de sang dont d'autres peuples ont souffert au nom de leur idéal mystique. Par sa vénération des morts, elle a donné l'immortalité à la civilisation du Nil; et par son zèle à les conserver, elle a laissé à la postérité les témoignages d'une mémorable grandeur.