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MAÂT, l’ordre juste du monde

 

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Pour définir la notion de Maât il faut d’abord s’interroger sur sa nature : est-ce un principe, un concept ou une divinité ? Concept à l’origine, elle est, en fait, les trois à la fois. Elle représente une norme de gouvernement, une référence d’action et de comportement s’appuyant sur la justice et la vérité, et aussi l’ordre juste du monde cosmique et social, source de vie.

Son contraire est isfet caractérisée par le mensonge et l’iniquité, facteurs de désintégration sociale, par le chaos mortifère signe du désordre planétaire, par l’injustice et par l’irruption des ennemis. La Maât revêt deux aspects principaux : l’un général et universel, l’autre particulier et individuel. Fondement de l’instauration du régime pharaonique, elle est stable sur terre mais son origine est dans le ciel puisqu’elle est fille de Rê ; ceci explique les deux symboles qui la désignent, le socle et la plume.

 

La maât est la norme, la référence, qui coïncide en théorie avec l’ordre établi. Celui-ci inclut tout ce qui concourt à la prospérité de l’Egypte et au bien-être de ses habitants : victoire sur les ennemis, richesse, justice. Au-delà de ces valeurs éternelles. L’ordre pharaonique n'est donc pas figé, il épouse les vicissitudes et les opportunités de son temps. Les règles sont l’expression de cet ordre, et l’un des premiers devoirs du pharaon lorsqu'il monte sur le trône est de confirmer les lois (hèpou) que lui-même aura à améliorer, à modifier, à compléter.

Très tôt elle fut incarnée et figurée dans l’iconographie sous les traits d’une simple et jolie jeune femme. Pourtant elle n’eut pas d’animal sacré à proprement parlé et ne reçut aucun culte populaire assorti de pratiques magiques.

 

L’offrande de Maât

 

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Les représentations soulignent d’une part l’association entre Rê et Maât et, d’autre part, l’offrande de Maât aux dieux par Pharaon, la statuette de la divinité posée sur la corbeille (Neb) évoquant la totalité. Cette offrande de Maât par le souverain est l’un des trois dogmes fondamentaux du règne pharaonique. Le pharaon légitime est celui qui fait régner Maât, garantissant l’existence de l’univers et de la vie de l’Égypte et de ses habitants ; en l’offrant aux puissances qui président à la vie, il s’assure que ces mêmes puissances la maintiendront à sa place parmi les hommes.

 

Son Iconographie

 

Maât est-toujours représenté sous l'apparence humaine. Elle ne prend jamais l'aspect d'une autre Déesse comme ce fut le cas pour plusieurs autres divinités. Très tôt elle fut incarnée et figurée sous les traits d’une simple et jolie jeune femme avec une couleur de peau est ocre jaune. Elle n’eut pas d’animal sacré à proprement parlé et ne reçut aucun culte populaire assorti de pratiques magiques. Elle est souvent représentée accroupie, assise sur ses talons. Elle est coiffée avec une plume d’autruche droite sur sa tête (hiéroglyphe qui sert aussi à écrire son nom). Elle est vêtue de la longue robe moulante des Déesses et porte des bijoux. Elle tient la croix de vie ankh sur ses genoux. Ses images sont présentes sur de nombreux sarcophages comme un symbole de protection pour l'âme des morts.  Ses attributs divins sont La plume et signe de vie ankh quelle tient souvent dans la main.

Le temple de Deir el-Médineh, consacré à Maât et à Hathor, met en valeur le caractère particulier et individuel de la justice qui apparaît dans une scène de psychostasie  (rarissime dans un temple, alors qu’elle est courante dans les tombeaux et dans le Livre des Morts) où le défunt est conduit par deux Maât. L’une a un comportement protecteur et figure la justice individuelle, tandis que l’autre à l’attitude hiératique, son sceptre à la main, personnifie la justice universelle, générale.

 

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© Kairoinfo4u CC BY-SA 3.0

 

L’expression iconographique la plus ancienne se trouve  la palette de Narmer. Cette tablette fut découverte par l’archéologue anglais James Quihell en 1897 dans le temple d’Hiéraconpolis, l’actuel Kom el-Ahmar. Actuellement, elle se trouve au Musée Egyptien du Caire. Sa forme rappelle celle d’un bouclier triangulaire de 64 cm de hauteur, 42 cm de largeur et 2,5 cm d’épaisseur

Le recto de la palette  illustre la fonction organisatrice et nourricière du roi, ainsi que sa fonction du maintien de l’ordre en Haute et Basse Égypte. Le roi 2, dont le nom figure dans le Sérekh, est représenté sous forme humaine, accompagné de ceux qui symbolisent son fonctionnariat. (Le Sérekh est un cadre rectangulaire dans lequel était inscrit le  nom des rois de la première dynastie) Derrière lui, un dignitaire 1  tenant ses sandales et ses ustensiles d’ablution incarne le  fonctionnariat palatin   ; un scribe 3, reconnaissable aux encriers qui pendent sur son épaule, personnifie la bureaucratie ; enfin la classe sacerdotale est concrétisée par quatre porte-étendards qui brandissent les emblèmes des premières unités territoriales (chacun étant représentée par un animal). Le placenta royal 4 évoque la vie du souverain dans l’œuf, avant sa naissance. Le chien Khenty-Imentyou 5 « Celui qui est à la tête des occidentaux », gardien de la nécropole, est associé à l’ouest, à la vie future  dans l’au-delà. Les deux faucons du nord  6 et du sud 7 affirment la domination royale sur la vallée et sur le delta du Nil.

 

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Narmer avance pour aller inspecter les corps des ennemis vaincus, décapités, alignés au-delà de la Grande Porte, marquée sebaou-our.

Au milieu de la palette, la cupule est encerclée par les cous démesurément allongés de deux animaux enlacés, s’affrontant avec une force égale, maintenus par deux hommes. La maîtrise de ces deux forces, attribuée à Pharaon, semble une première illustration du séma-taouy et correspond à la fonction du maintien de l’ordre. Cette dernière fonction s’exprime également au registre inférieur sous la forme d’un taureau, image animale du roi, en train d’éventrer une forteresse.

Le verso de la palette insiste sur la fonction combattante, la force guerrière du roi et son pouvoir de repousser l’ennemi. Narmer, de taille héroïque, coiffé de la couronne blanche tient par les cheveux un ennemi agenouillé, nommé Ouâsh et brandit sa massue pour le menacer.

Cette scène, dite du massacre de l’ennemi, ou du Triomphe royal, existait déjà avant l’instauration de la monarchie par Narmer, mais elle va devenir l’image symbolique de la royauté, répétée à l’identique sur tous les temples par chaque pharaon, jusqu’à la domination romaine. Ainsi, la palette de Narmer souligne le rôle nourricier et le rôle guerrier du roi, dans ce jeu qui consiste à amener la Maât, c’est-à-dire la prospérité, et à repousser isfet, c’est-à-dire les ennemis et l’adversité.

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Tout comme la scène du massacre de l’ennemi est l’archétype de l’action de repousser isfet, la scène de l’offrande de Maât est l’archétype de l’action d’amener la Maât.

 

L'ordre de la Justice :

 

Justice divine : Elle joue un rôle important dans la psychostasie (Pesée de l'âme) lors du jugement du défunt devant le tribunal d'Osiris. Ce jour-là, la plume de Maât est le contrepoids déposé sur un des plateaux de la balance et le cœur du défunt. Elle constitue la référence absolue au jugement divin.

Justice sur terre. C'était au Vizir, garant de Maât (déesse de l'ordre) et responsable de la justice, que revenait au nom du Pharaon  de la faire régner. Les juges étaient considérés comme les prêtres de Maât .Une  charte définissait le rôle et l'éthique du Vizir  en matière de justice : "Ne prononce pas de jugement impropre, car Maât déteste les comportements injustes". C'est donc bien au nom de la Déesse, et selon les vertus propres à celle-ci, qu'étaient rendus les jugements terrestres.  

 L'ordre politique :   Maât était l'expression sociale et juridique de l'ordre établi. Elle symbolisait l'équilibre dans la vie du pays, entre la Haute et la Basse-Égypte, entre la vallée verte et le désert, entre le bien et le mal. Le Pharaon se réclame de Maât  et agit selon sa loi, pour que l’ordre règne, il doit faire respecter sa loi dans toute l'Égypte. Pendant le culte divin quotidien, le souverain offre Maât aux Dieux pour qu'ils s'en nourrissent et préserve l'harmonie universelle. C’est pourquoi, sur les murs des temples, le Roi ou le Pharaon est représenté faisant l'offrande de Maât à une divinité.

 L’ordre cosmique : Maât contrôle les étoiles, les constellations. Elle veille à la succession des saisons et des jours. Elle s'oppose aux forces du mal qui sont présentes aux confins de l'Univers.

L’ordre universel des choses:  Les égyptiens ont toujours voulu que leur société bâtie sur une  hiérarchie rigoureuse soit juste et équitable. Cependant  tous les hommes étaient libres et égaux, Maât assurait le respect mutuel et l'harmonie entre chaque  niveau de la société. (Le serviteur respecte et obéi à son maitre, mais le maitre protège son serviteur). Selon Maât les riches doivent  aider les pauvres plutôt que de les exploiter. On en trouve l’écho dans les textes  des  tombes : "J'ai donné du pain aux affamés et vêtu celui qui était nu ". Respecter la Maât revenait  à mener une vie harmonieuse et s'assurer ainsi une existence heureuse dans l'au-delà.

 

MENU Bernadette : "Maât, l'ordre juste du monde", Michalon, 2005 

GOYON Jean-Claude : "Rê, Maât et Pharaon, ou le destin de l'Égypte antique