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LE RITUEL DE L’OUVERTURE DE LA BOUCHE

 

Le pharaon Aÿ accomplissant le rituel de l'ouverture de la bouche sur la momie de l'Osiris-Toutânkhamon - KV 62

 

But

 Ce rituel hautement symbolique,  est  sans doute, un des plus connus de l’Egypte antique. On le retrouve très souvent dans la décoration les tombes et sur  les papyrus funéraires. Il joue un rôle central dans le Livre des morts et dans les décors funéraires du Nouvel Empire. Il permet de préparer, d’animer le défunt pour sa future vie et pour qu’il puisse passer, avec succès, les épreuves (tribunal de l’au-delà,  passage des portes,  pesée de l’âme). Il oblige le défunt à parler, à entendre, à voir, bref a retrouver ses cinq sens.

 

Origine

Son origine semble remontée aussi loin que la période prédynastique, avant le règne du roi Narmer. Très développé au Nouvel Empire, les dernières illustrations  de ce rituel perdureront jusqu’à l’époque romaine ! A  l’origine le rituel de l’ouverture de la bouche s'appliquait uniquement à la statue qui représentait le double du défunt (ka). Placée dans la tombe elle recevait les offrandes alimentaires journalières que les prêtres déposaient à leurs pieds. Par la suite (début du Nouvel Empire) le rituel se pratiqua aussi bien sur la momie du défunt que sur sa statue.

 

Le rituel

Pour les défunts de certaines classes privilégiées, le rituel était récité, mimé, interprété par des acteurs. Il était constitué de 75 étapes « Préliminaires (1 à 9) - Animation de la statue ou du défunt (10 à 22) – Offrandes (23 à 46) - Nourritures funéraires (41 à 71)- Clôture (72 à 75) » et dirigé par le chef des embaumeurs «Chancelier du dieu » qui, avait  pratiqué la momification 

 

                                                            

 

Son bon déroulement nécessitait  l'emploi d’un ensemble d'instruments liturgiques imposant. Les plus connus sont  l’herminette, les aiguières de formes distinctes, les couteaux (le doigt d’or ou de pierre), et le peseshkaf. Cet outil  comporte une partie active bifide (en forme de queue de poisson) et une partie manche. Le but du rituel est simple : le fils du défunt va toucher avec l'instrument la bouche de la momie apprêtée afin de transmettre aux organes des sens une fonctionnalité récupérée par une action magique. Le défunt mange et boit à nouveau. A ces ustensiles, s'ajoutaient des huiles, des pommades, des onguents et des fards servant également dans les opérations d’embaumement. Les intervenants étaient vêtus  d’une écharpe, d’un pagne à devanteau, un bandeau de tête, d’une peau de léopard pour le prêtre sem.

                   

Le prêtre-sem vêtu de son attribut la peau de léopard encense une accumulation. Le prêtre officiant tient à la main l’erminette. La momie est maintenue droite par un prêtre portant le masque d'Anubis.

 

La cérémonie

Le cortège funèbre constitué des membres de la famille du défunt, de ses voisins,  de pleureuses engagées pour clamer le désespoir de tous, se dirigeait vers la tombe. Suivait le sarcophage accompagné pour les défunts d’un haut rang, d’un imposant mobilier funéraire. Arrivé devant la tombe, la momie sortie du cercueil était déposée debout devant sa sépulture. Les textes précisent que  la momie doit être mise devant Rê, c’est pourquoi le visage du mort est orienté au Sud.

Le prêtre-sem vêtu de son attribut la peau de léopard encense une accumulation. Le prêtre officiant tient à la main l’erminette. La momie est maintenue droite par un prêtre portant le masque d'Anubis.

 

Suivent des scènes de purification avec aiguières, natron et encens, ce dernier produit servant aussi pour les fumigations. 

 Après un entracte vient le "Jeu de l'animation de la statue" : un officiant, appelé prêtre-sem, est requis, ainsi que les artisans spécifiques (sculpteur, dégrossisseur et polisseur) qui l'ont façonnée.

 Intervient alors la scène de l'attouchement de la bouche avec le doigt : Paroles prononcées par le prêtre-sem : je suis venu pour te chercher ! Je suis Horus et j'ai rouvert pour toi ta bouche.

 

Une nouvelle scène précède les "Rites de Haute-Egypte" et ceux de "Basse-Egypte", identiques puisqu'il s'agit d'abattre la bête de sacrifice dont la cuisse sera avancée vers le visage de la statue (ou du défunt) pour magiquement lui ouvrir la bouche et les yeux avant que l'on se serve des différents instruments, herminette et couteau. Cérémonial de vêture : La statue (ou la momie) est parée d'un bandeau de tête et des différentes pièces de lin

 

Scènes  extraite des peintures de la tombe de Menn

 

 Différentes onctions prennent place avant le repas funéraire : préparation de l'offrande alimentaire, purification, consécration des animaux d'offrandes ; et récitation des formules d'invitation au repas. Le Jeu théâtral se termine alors par trois ou quatre scènes intitulées " Rites de clôture"

 Le rituel arrive à son terme par le transport de la statue dans sa chapelle. Le prêtre-sem prononce une oraison finale: Ouvertes sont les portes du ciel, déverrouillées sont les portes du temple, la maison est ouverte à son maître ! Qu'il sorte quand il veut sortir, qu'il entre quand il veut entrer !On peut alors, après avoir définitivement clos le sarcophage du défunt, l'inhumer dans sa tombe

 

Bibliographie

 Jan Assman, mort et au-delà dans l’Egypte ancienne, éditions du Rocher, 2003

J-C Goyon, rituels funéraires de l’ancienne Egypte, Les éditions du Cerf, 2004