frarnlendeitrues

LES PRÊTRES

 

 

Prêtre Sem Tombe de Néfertati

02

 

Par « prêtre », il nous faut comprendre tout homme qui s'était mis dans l'état de pureté requis pour approcher du lieu saint, résidence du dieu. Si le nombre des « prêtres-purifiés » (les ouêbou) était considérable, du chapelain au prêtre s'étageaient des classes, entre lesquelles se répartissaient une foule d'officiants et d'auxiliaires.

Hiérarchie

Pharaon est le premier des prêtres. Il nomme les dirigeants des grands sanctuaires car il lui faut contrôler ce clergé puissant, véritables dynasties dans lesquelles les prêtres héritent de la charge de père en fils. Le fonctionnement du corps sacerdotal se trouvait sous la responsabilité d'un haut personnage religieux d'État, appelé le « Grand des Voyants (Our-Maou) de Rê ». Après Pharaon, c'était lui qui assurait l'office divin au temple ; à son service étaient placés les « prêtres purs » (ouê-bou), puis venaient les scribes ; suivait tout un personnel de fonctionnaires et d'auxiliaires qui assuraient et préparaient la bonne marche du temple. Le « Grand des Voyants » était désigné par Pharaon à la fonction suprême ; il était dans la tradition de faire confirmer sa nomination par un oracle du dieu. Divinement intronisé, ce haut personnage recevait alors deux anneaux d'or et le bâton magique Héka, symboles de son autorité spirituelle et de ses pouvoirs, tandis que Pharaon prononçait la phrase traditionnelle : « Te voici, Grand-Prêtre du dieu, ses trésors et ses greniers sont sous ton sceau : tu es le premier serviteur de son temple ».

De par ses fonctions tant politiques que religieuses, il se trouvait fréquemment écarté de son service quotidien au temple, si bien qu'il déléguait ses devoirs au « prêtre-Sem », second serviteur en rang. Le prêtre-Sem, appelé également prêtre funéraire représente le fils successeur du mort devenu Osiris lors de la cérémonie d'ouverture de la bouche afin de rendre à la momie l'usage de ses sens afin qu'elle puisse gagner sans encombre l'au-delà. Pour ce faire, il s'installe devant la momie et, accroupi, simule un sommeil cataleptique ; son esprit est censé s'envoler dans l'invisible pour ramener à la momie l'esprit égaré du mort. Lorsque le prêtre-Sem revient de son voyage céleste, le ka du mort est censé également avoir réintégré sa momie. 

Observances et rites

Pour accomplir les offices divins au temple, les prêtres devaient se purifier en se prêtant à des observances et à certains rites, où se rattachait tout un symbolisme. L'eau était dans la pensée religieuse des Égyptiens l'élément initial d'où toute vie était sortie.

Dans certains bas-reliefs figurent des scènes de purification, où l'eau fraîche s'échappe des aiguières, remplacée parfois par une pluie de petits signes de vie ânkh. Le rite d'ablution d'eau fraîche pour le culte divin du matin imprégnait les officiants d’une vie rajeunie et purifiée qui leur permettait d'assurer le rituel du culte. Une autre forme de purification, à laquelle devaient se soumettre les officiants avant de pénétrer les lieux saints consistait à se laver la bouche avec du natron délayé dans de l'eau.

Autre observance rigoureuse : dépouiller son corps de tout poil et se raser les cheveux. Certains textes précisent que les prêtres devaient s'épiler les cils et les sourcils ; à ces règles, venait s'ajouter la circoncision. La vie sacerdotale demandait encore un autre état de pureté : l'abstinence de relations sexuelles durant les périodes de présence et de service au temple.

p01

Les prêtres du temple pouvaient se marier : leurs fonctions ne les contraignaient pas au célibat ; tout au plus devaient-ils se satisfaire d'une épouse. Mais ils devaient être purs lorsqu'ils franchissaient les portes du temple. Sur ce point les textes sont formels : Quiconque accède au temple doit être purifié de tout contact féminin par une abstinence de plusieurs jours.

Les prêtres-initiés

Dans cette grande « Maison » du clergé vivait des chendjoittys, « prêtres du pagne ». Ils devaient préparer les objets du culte divin et pourvoir à leur entretien, aux habillements de la statue du dieu, ses parures, ses bijoux, ses parfums et les onguents, apprêter les aiguières pour les ablutions, l'encens pour les fumigations, ainsi que la table des offrandes

Auprès d'eux s’affairaient les « prêtres-lecteurs » : porteurs des rouleaux du Livre divin, ils partageaient le renom et la popularité de la « Maison de Vie ». À l’extérieur du temple, ils s'occupaient de médecine et de chimie ; plusieurs recettes de papyrus médicaux sont attribuées à

À ces « Maisons de Vie » se rattachaient deux ordres de prêtres, les « horologues » et les « horoscopes ». Les « horologues » ou « prêtres-horaires » sembleraient avoir été en fait des astronomes, chargés d'approfondir les écrits établis par les scribes de la « Maison de Vie », relatifs à l'ordonnancement des étoiles fixes, des mouvements de la Lune et des planètes qui errent dans le ciel. Ces prêtres étaient aussi chargés de préciser les jours et heures favorables pour la grande fête d'Opet qui se déroulait chaque année.

Le prêtre nouvellement investi doit justifier de solides connaissances théologiques, médicales et astronomiques. Ainsi les prêtres de Rê ont la réputation d'avoir été particulièrement versés dans la connaissance du ciel. Grâce à leur bibliothèque, les temples des dieux sont aussi ceux de la connaissance.

Parmi la classe des « prêtres-ouêbou », qui pouvaient, suivant l'expression consacrée, « ouvrir les portes du ciel » et contempler le dieu hors du culte quotidien, se recrutaient les plus hauts dignitaires et savants du clergé, à l'exemple d'Imhotep qui fut Grand-Prêtre à Héliopolis et choisi par Djoser pour construire à Saqqarah sa « Demeure d'éternité. »

 

p03

La magie Héka

Aux yeux des prêtres, la connaissance de la magie et de ses formules fournissait une puissance quasi-certaine sur les êtres vivants, les dieux et les forces de l'univers. Le « prêtre-magicien » était un personnage que les événements les plus spectaculaires ne faisaient pas reculer.

Une croyance répandue était que les maladies étaient envoyées par la terrible déesse Sekhmet ; il fallait donc exorciser le mauvais démon, et personne n'était aussi qualifié pour rédiger une formule magique que le « prêtre-lecteur », versé dans toutes les ressources de la vieille magie. Et seul le Supérieur des prêtres de Sekhmet avait la compétence pour enrayer la fureur de la déesse lionne.

Un autre prêtre, le Hery-tep, « celui qui porte le rituel » était instruit à une forme de magie plus particulière, dite « défensive ». Cette magie était un don des dieux, que les hery-tep utilisaient contre des procédés d'envoûtements, ou de toute manifestation venant d'un ennemi, et relevant de la protection de Pharaon sur sa personne, de son épouse ou de ses descendants.

 

Les prêtres-embaumeurs s'acquittaient des cérémonies funéraires, dans le clergé, ils occupaient une place très importante, ils accomplissaient la momification qui se déroulait dans la « Tente de purification » {Ouâbet), située en dehors du temple. Ils pratiquaient sur la momie tous les rites régénérateurs qui devaient la transformer en un nouveau corps rajeuni, doté de toutes ses anciennes facultés terrestres qui lui permettaient d’être apte à franchir les sombres régions du serpent Apophis et de jouir d'une vie sans déclin. Le rite essentiel pratiqué par l'officiant était l'ouverture de la bouche.

 

Les Maisons de Vie

La maison de vie (Per Ânkh) désigne, dans l'Égypte antique à la fois à une institution et un lieu d'enseignement scolaire. Elle était intégrée administrativement et architecturalement à un temple d’importance. Les premières mentions de la Maison de Vie se rencontrent sur deux décrets royaux datant de l'Ancien Empire. Seules deux Maisons de Vie ont été à ce jour identifiées. Datant toutes deux du Nouvel Empire, l’une fut découverte à Tell el-Amarna, la capitale du roi Akhenaton, et l’autre fut mise au jour au Ramesséum.

p7

Nebmeroutef scribe royal et prêtre lecteur

 

Chaque temple possédait une Maison de Vie et une bibliothèque. Ces institutions étaient probablement des centres plus ou moins fermés où s'élaborait la science, où les textes sacrés étaient étudiés et recopiés par des prêtres et des scribes initiés. En retranscrivant les vieux manuscrits, en comblant les lacunes, on élaborait les textes sacrés de la théologie et de la liturgie ; on réécrivait à des milliers d'exemplaires des versions de ces œuvres : le Livre des Morts, le Livre des Cavernes, le Livre des Portes, etc.

 

On préparait les grimoires magiques, on enseignait l'astronomie, la philosophie, la religion, la médecine, la littérature et les arts. Quelques-uns des plus beaux textes spirituels ou moraux qui furent retrouvés, sont nés des réflexions et des convictions de scribes et de prêtres obscurs, dont les noms nous restent encore inconnus.

L 'entretien des dieux requérait un personnel très variable selon l'importance du temple. Dans les plus importants, les fonctions diverses étaient remplies par autant de personnes différentes, allant des officiants qualifiés, serviteurs du dieu ou pères du dieu, des chanteuses et des musiciens, jusqu'aux ouvriers chargés de la préparation des offrandes, boulangers ou bouchers, et au personnel d'entretien. On connaît également, en dehors de la hiérarchie ordinaire, un grand nombre de prêtres spéceques, apparemment attachés à des rituels occasionnels ou à des aspects particuliers de la divinité. Le clergé ordinaire était organisé en quatre équipes qui se relayaient de mois en mois, au cours des trois saisons de l'année, ce qui leur permettait de s'occuper des terres dont le revenu assurait en principe leur existence.

.