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Les Animaux

 

Éléphants et girafes parcouraient les savanes égyptiennes avant l’époque pharaonique. Au tout début de cette période, 4000 ans av. J.-C., l’aridité croissante a chassé ces espèces de type africain vers le sud. Néanmoins, le Nil, les marécages qui le bordent, au-delà, la plaine inondable et, plus loin encore, le désert, étaient riches d’une faune bien plus diversifiée qu’aujourd’hui. Les Égyptiens ont observé avec une grande attention ces animaux qui partageaient leur environnement. Ils ont peint, gravé et sculpté leurs silhouettes et leurs mouvements dans le bois, la pierre ou la faïence. Le vol de l’oiseau, la vitesse du chien, les bonds du lion sont au-delà des capacités humaines et ont peut-être laissé les anciens Égyptiens supposer que de tels talents étaient d’essence divine. Le monde des animaux et celui des humains étaient étroitement imbriqués dans l’Égypte antique tant au quotidien que dans l’univers spirituel. Dans la vie de tous les jours, les bêtes servaient de nourriture mais aussi d’aides pour les travaux les plus pénibles. Lorsque des animaux n’étaient pas domesticables parce que trop dangereux, ils suscitaient le désir de s’attribuer symboliquement leurs aptitudes au combat. A contrario, ceux qui se sont le plus accommodés de la cohabitation avec l’homme ont gagné son affection au point de recevoir les mêmes rites funéraires que leurs maîtres.

 

Les Animaux dans la vie quotidienne

 

Dès l’origine, les animaux prennent une place prépondérante dans la vie quotidienne. C’est le début de la domestication sur les rives du Nil : vaches, chevaux, moutons et chiens apparaissent, peut-être apportés par des voyageurs venus du Moyen-Orient. De nombreuses espèces appartenant alors à la faune africaine, aujourd’hui disparues d’Égypte, sont présentes à l’état sauvage : lions, léopards, guépards, girafes, hippopotames, crocodiles, lycaons, hyènes. Les bords du Nil regorgent d’oiseaux : canards, oies, échassiers, pélicans, hérons, martins-pêcheurs, ibis, sédentaires ou migrateurs venus du Nord, d’Europe ou d’Asie. Dans le ciel planent des vautours de plusieurs espèces, des faucons et des aigles, dans les arbres vivent une multitude de passereaux et, sur les falaises qui bordent le désert, les chouettes hantent les fissures de la pierre.

 

La civilisation égyptienne a toujours puisé ses croyances, ses symboles et ses mythes au cœur même de la nature et de la faune sauvage. L’un des premiers pharaons connus, il y a 5 200 ans, se fait appeler le Roi-Faucon. Cet oiseau est ensuite devenu l’animal sacré par excellence, celui du dieu Horus, fils d’Osiris et d’Isis. De nombreux animaux sont devenus des représentations de dieux : le chacal, le bélier, le serpent, le chat, la vache, l’ibis, le lion, le crocodile, le babouin, chacun ayant sa propre symbolique. D’autres sont utilisés sur les premiers hiéroglyphes : la chouette, le poussin de caille, l’hirondelle, l’ibis, le vautour, l’abeille, la vipère, le lion couché.

 

Sur les murs des tombeaux et des temples, les artistes de l’époque ont rarement représenté les animaux sauvages d’après nature. Ils les ont cependant gravés ou dessinés dans des hiéroglyphes, des scènes d’offrande, des représentations de divinités, des scènes de chasse (canards, hérons, antilopes, hippopotame, buffle, etc.). Dans l’immense temple de Karnak, à Louqsor, Le Jardin Botanique est un lieu unique et passionnant pour la naturaliste : pas moins de trente-huit espèces d’oiseaux ont été gravées, souvenirs d’un long voyage au Moyen-Orient du pharaon Thoutmôsis III, environ 1450 av. J-C."

 

Les Animaux et la religion

 

Dès la préhistoire, la plupart des animaux vivant dans l'Égypte antique furent sacralisés et idolâtrés. Ils étaient considérés comme des incarnations vivantes de principes divins et furent associés à des divinités. Les temples élevaient dans des enclos sacrés des animaux en rapport avec les dieux qui y étaient vénérés. Les animaux morts (du moins, les plus importants) avaient droit à une momification et à un enterrement cérémonial. On a retrouvé de grandes quantités d'animaux momifiés (chat, taureau, crocodile, oiseau, etc.)

Selon Diodore de Sicile, la protection religieuse pour les animaux serait plus grande que pour les Hommes : « On affirme en effet qu’un jour, sous la pression d’une famine, nombre d’Égyptiens portèrent la main sur leurs semblables, poussés par le besoin, mais que pas un seul ne put être accusé d’avoir touché aux animaux sacrés ».

 

Hérodote déclare aussi : « Si quelqu’un tue l’un de ces animaux, si c’est volontairement, sa punition est la mort ; si c’est involontairement, il paie une amende telle que la fixent les prêtres. Mais quiconque tue un ibis ou un faucon, volontairement ou involontairement, doit mourir ».

 

Et enfin Cicéron écrit : « Qui ne connaît la coutume des Égyptiens ? Ces gens dont l’esprit est imbu de superstitions bizarres affronteraient les pires tortures plutôt que de porter une main sacrilège sur un ibis, un aspic, un chat, un chien, un crocodile, et même s’il leur arrivait par mégarde de commettre rien de tel, il n’est point de châtiment qu’ils ne reconnaîtraient légitime ».

 

Certains animaux étaient, en effet, considérés comme des hypostases du dieu sur terre, un équivalent des statues de culte, réceptacles terriens de la divinité. Après sa mort naturelle, l'animal était momifié et inhumé avec tous les honneurs, puis on recherchait son successeur. L'animal devait, en effet, répondre à des critères physiologiques précis (pour un bœuf par exemple, couleur du pelage, certaines taches précisément disposées sur le corps…). Le nouvel « élu » allait alors passer sa vie au sein du temple, dans un enclos luxueux. L’Unique le plus célèbre est sans nul doute le taureau Apis au Sérapéum de Memphis dont le culte a perduré de l'époque thinite jusqu'à l'époque ptolémaïque et qu'Hérodote décrit dans son Enquête. Mais il en existe d'autres comme les taureaux Mnévis et Boukhis ou les béliers de Banebded et d'Éléphantine.