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LA FÊTE DU HEB SED

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Double couronnement de Sésostris III

Origine

En s'appuyant sur des comparaisons avec des rites jubilaires pratiqués en Afrique et sur l'interprétation des sources égyptiennes, l'origine du rituel serait à rechercher dans une antique chasse de qualification destinée à désigner le nouveau chef de clan, après avoir sacrifié l'ancien, devenu trop âgé pour assurer son rôle de chef de chasse.

La première attestation de la fête-Sed remonte au règne de Narmer, mais c’est de l’Ancien Empire que nous détenons le plus d’informations. Le complexe de Djoser à Saqqarah nous lègue un dispositif architectural pour célébrer cette fête. Le temple solaire de Niousserê nous en livre les détails d’une cérémonie fictive.

Dans l’état actuel des connaissances, il est donc fort difficile de rendre compte du déroulement exact des cérémonies, d’autant plus que les rituels peuvent ne pas suivre toujours le même scénario. Sa reconstitution reste encore du domaine de la simple supposition. Il est vrai que, sur cette cérémonie secrète et mystique, les prêtres ont été avares de renseignements.

 Le terme ‘heb’ en ancien égyptien signifie fête. Quant au terme sed, aucune interprétation ne fait autorité parmi les égyptologues. Le dieu Sed est une forme ancienne du dieu Oupouaout, son nom pourrait être propre à désigner une fête de la renaissance de la royauté. Son rôle dans la fête-sed pourrait très bien être celui d’une divinité funéraire protégeant et guidant le souverain lors de sa mort symbolique avant de renaître en Horus, dieu avec lequel on l’a parfois identifié

Après la trentième année de règne, cette fête aux vertus régénératrices, était célébrée généralement tous les trois ans. Ainsi, Ramsès II aurait célébré en tout, à partir du grand jubilé de l'an 30, quatorze fêtes-Sed durant ses 67 années de règne. Mais, en dehors de ce cas d'exception, il n'était déjà pas évident d'atteindre la première fête-Sed. Certains pharaons enfreindront la règle des trente ans, notamment la reine Hatchepsout qui célébra sa première fête-Sed après « seulement » 16 ans de règne.

 

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Cour du Heb-Sed du complexe funéraire de Djéser 

Signification

1) Principalement, il s'agit d'un rituel de régénération dans lequel la puissance magique et la force physique du pharaon en exercice sont renouvelés ainsi que ses relations avec les divinités et avec le peuple.

2) Le pharaon renouvelle les liens entre la royauté et les Dieux  auquel il rend hommage par nombre de sacrifices et d'offrandes afin de garantir de la fertilité des champs et de la prospérité des troupeaux

3) Le pharaon qu'il est capable de gouverner le pays. À certaines époques, le roi démontrait sa forme physique (course à pied, capture de taureau, chasse au lion ou à l'hippopotame, etc.). Il est admis que ces démonstrations étaient symboliques et que le roi faisait appel à quelqu’un d’autre pour les faires en son nom. (Comme c'était déjà le cas pour les cérémonies religieuses).

4) Le pharaon réaffirme son pouvoir séculier  par un rite de revendication territoriale : «la course de la dédicace du champ »  

Déroulement

Diverses sources provenant des parois des temples et de textes anciens nous renseignent sur le déroulement de la fête sans et la chronologie des différentes étapes en donner une idée précise.  On en trouve des représentations dès  la première dynastie. On pourrait imaginer  son déroulement comme indiqué ci-dessous.

 

1) Préparatifs

Le Roi envoyait dans tout le pays des messagers  pour annoncer  aux invités (prêtres, dignitaires, ambassadeurs, musiciens, danseurs) l’emplacement et la date de la fête.   Le Grand Intendant de la Haute Maison, était responsable des préparatifs. Beaucoup d’artisans et d’ouvriers étaient sollicité pour ériger  des kiosques, parfois des obélisques.  Durant la fête, les invités  pouvaient manger et boire  à volonté, il fallait prévoir le ravitaillement nécessaire (volailles, viande, légumes, fruits, bière, vin).

« Tout au long de la fête, une foule considérable assiste de près ou de loin à l'événement ; peuple, prêtres, dignitaires, princes, musiciens, danseurs. À cette occasion, le pharaon se doit de prouver qu'il est capable de nourrir un grand nombre de convives. (Pour magnifier sa puissance, Narmer affirme avoir abattu 400 000 bovidés, 1 422 000 chèvres et capturés 120 000 prisonniers.) »

Le déroulement de la fête-Sed qui semble s'étendre sur au moins cinq journées consécutives.  Elle se divisait en plusieurs étapes d’un parcourt mystique ponctuées de différentes attractions rituelles : processions, scènes de libation, de danse et de musique, de combats à mains nues ou au bâton, de jeux cultuels…. Chaque étape est symbolisée par le port d'un costume spécifique.

2) Renouvellement de l'intronisation:

Le Roi porte son vêtement cérémoniel habituel, un ample pagne blanc, vêtement caractéristique qui lui enveloppe le corps. Sous le pavillon jubilaire, les rites de  son double couronnement sont reproduits au cours d'une cérémonie durant laquelle Il s'assied tour à tour sur les trônes de Haute et de Basse Égypte et  où il reçoit  respectivement la  couronne de haute et basse Égypte.  Puis le souverain se rend à la rencontre de son épouse principale et de ces enfants qui symbolisent probablement l'hérédité dynastique.

3) La procession inaugurale

Assis sous le pavillon jubilaire il assiste au défilé des hauts dignitaires de la cour ainsi que des princes et ambassadeurs venant lui rendre hommage et lui présenter des tributs. Précédé d'un cortège de prêtres porteurs de pavois, il rend visite aux principales divinités se trouvant dans des chapelles et leur fait des offrandes. En contrepartie, les dieux lui souhaitent "des millions de fêtes Sed", lui promettant ainsi une éternelle protection divine et la pérennité de sa fonction par-delà les générations. C’est l’aptitude physique à régner du souverain qui est renouvelée, sa charge divine n’étant pas affectée par le passage des années.

4) Simulacre de décès : Le Pharaon porte un suaire qui le fait ressembler à la momie d'Osiris.  Il simule une mort symbolique, s’identifiant au destin d’Osiris et de Rê, car «Rê est celui qui repose en Osiris, Osiris est celui qui repose en Rê ». Le caractère funéraire de cette phase est souligné par la présence du dieu Anubis, et des enseignes du chacal Oupouaout.

(À tous les étapes de la fête-Sed l'emblème d’Oupouaout« l'ouvreur de chemin »précède ou suit le souverain. L'utilisation de deux formes d'Oupouaout, une pour la Haute-Égypte et une pour la Basse-Égypte servent à légitimer le pouvoir de pharaon dans les deux parties du royaume. Son rôle est de servir d'éclaireur au roi.)

5) La régénération  Durant cette longue phase, le souverain porte ensuite un manteau blanc et court qui recouvre l'ensemble du corps jusqu'aux genoux.

6) Démonstrations physiques

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Le Roi va faire trois courses rituelles, Ies deux premières courses consistent à prendre possession de son domaine, tandis que la troisième va démontrer ses capacités physiques.

6-1 La  Course de la dédicace du champ affirme sa revendication territoriale  du pays. Au sol, deux bornes délimitent un champ de course orienté Sud-Nord qui symbolise les limites territoriales du pays. Vêtu d’un manteau court, coiffé soit de la couronne blanche, rouge, ou de la double couronne  le roi tient dans ses mains les sceptres Nekhekh et mekes.  À quatre reprises, il se déplacera  à grandes foulées entre les deux bornes afin de réaffirmer ses prétentions territoriales sur le pays et sur l'ensemble de la création.  A Saqqarah dans la grande cour Sud du complexe de Djeser se trouvait deux  autels  qui ont été interprétés comme ces bornes, symboles des limites méridionale et septentrionale du pays. Il tire des flèches en direction des quatre points cardinaux, affirmant sa prise de possession de l'univers.

6-2) Vêtu du chendjyt, tenant l’étui mekes   à la main, le roi doit prouver au peuple et aux dieux, qu'il est en pleine possession de ses moyens. Il doit montrer sa vigueur lors d'une course rituelle où il est parfois représenté aux côtés du taureau Apis. 

7 Érection du pilier djed : En présence de son épouse, de ses enfants et de hauts dignitaires, le roi aidé de prêtres lève un énorme pilier djed, symbole de la divinité et de stabilité, en l'honneur de Sokar-Osiris, patron des fêtes jubilaires. La scène est accompagnée de chants, de danses et de combats au bâton. À la fin du jubilé, Pharaon reprend son costume initial pour montrer que la seconde phase de son règne a débuté. Cette étape essentielle de la cérémonie et qui en garantissait le succès, c’était probablement la dernière de la fête Sed. Pour finir

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Dans l'écriture hiéroglyphique, la fête-Sed se note avec un sigle qui représente deux estrades accolées. Chacune d'elles abrite un trône sur lequel Pharaon est censé apparaître, régénéré et glorieux, en tant que roi de Haute et Basse-Égypte

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Ramses III  recevant des  milliers de fêtes Sed      oeil

De nombreuses scènes pariétales des temples montrent les dieux offrant à Pharaon des millions de fêtes-Sed. Le souverain est souvent agenouillé et reçoit dans le creux de la main le hiéroglyphe de la double estrade suspendue à une longue nervure de palme.oeil Séthi Ier recevant des années de règne et des jubilés pendant que Thot inscrit le nom du roi sur l'arbre sacré d'Héliopolis.