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QASR IBRIM

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Cette ville fortifiée était situé sur le plateau d'un massif calcaire de la rive orientale du Nil qui dominait la plaine d'Aniba. Situé à 50 km de la frontière soudanaise Qasr Ibrim (Le fort d’Ibrim) s’est 'imposé en Basse-Nubie durant trois millénaires. Perché sur sa falaise à 80 m au-dessus du Nil, c’est le seul site à avoir survécu à ses crues. Après la construction du haut barrage d’Assouan, le Lac Nasser l’a transformé en une petite île qui n’est pas accessible. Les touristes  ne peuvent la contempler que depuis les bateaux de croisière

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La première occupation du site semble remonter au premier millénaire avant notre ère. Au Nouvel Empire les pharaons de la 12ème dynastie l’ont reconnu pour son importance stratégique et ont commencé son occupation. Sous le règne d'Hatchepsout, d’Amenhotep III et Ramsès II des temples spéos ont étés creusés sous la citadelle, en dessous de la masse de grès. Construit par des vices roi, ils ont été consacrés à des formes locales d’Horus (1) ainsi qu’à la déesse Hathor protectrice des expéditions. (1) « Horus était particulièrement vénéré en Nubie et comptait pas moins de quatre formes locales : l’Horus de Baki, de Miâm, de Bouhen et de Meha. Plus tard, sous la domination romaine, il fut figuré sous l’aspect d’un cavalier à tête de faucon connu sous le nom d’Horus légionnaire »

Après la défaite d'Antoine et de Cléopâtre à la bataille d'Actium (en 31 Av JC), l'Empire romain établit une garnison à Assouan. Celle-ci, attaqué par les Nubiens, s’en rendirent maitre. Toutefois, les Nubiens furent rapidement refoulés vers le sud et les Romains occupèrent Qasr Ibrim. Pendant le règne d’Auguste, les Romains installèrent leur frontière sud à cet endroit. A nouveau attaqué par les Nubiens ils abandonnèrent Qasr Ibrim. Par la suite de nombreux occupant (nubiens, chrétiens, ottomans) s’y installèrent, y partirent. Le site fut complètement abandonné en 1811

Fonction Religieuse

Bien que Qasr Ibrim soit avant tout une forteresse militaire, ces temples spéos indiquent clairement son importante fonction religieuse dès le Moyen Empire. La construction de la première citadelle réalisée probablement par les vices rois se situe aux environs de 920-800 Av J .C. Vers la 25ème dynastie elle s’est vue attribué un système de défense renforcé et un petit temple en brique construit sous le règne de roi Taharqa. En 21 Av JC, le royaume de Méroé y construit deux temples, Qasr Ibrim devient alors un centre religieux important ayant des liens étroits avec le sanctuaire de Philae. Son repeuplement est possible grâce à l'introduction de la saqia plus performante que l'ancien chadouf. (Voir en fin d’article).

Les dieux égyptiens traditionnels ont continué à être adorés longtemps après que le christianisme devint la religion officielle de l'Empire romain. En 543, l’ancien temple de Taharqa est transformé en église copte. Une cathédrale dédiée à la Vierge Marie construite avec les vestiges des anciens temples sera le siège des évêques nubiens jusqu'au 14ème siècle. Le site devint alors un grand centre de pèlerinage . Fait intéressant, sur  la route orientale qui relie la forteresse au désert, on a trouvé une centaine d’empreintes de pieds gravées dans le roc. Quelques-unes portent des inscriptions grecques ou méroïtiques. Elles se concentrent sur un tronçon sans doute consacré. Elles sont destinées à perpétuer la présence des pèlerins devant la divinité qu’il venait honorer.

Son dernier évêque, Timothée, y fût enterré aux alentours de 1374. Sa tombe a été retrouvée intacte dans la crypte nord de la cathédrale. Le christianisme résista durant de nombreux siècles après l'invasion de l'Egypte par les musulmans. Ce n’est qu’au 16ème siècle qu’il fut remplacé par l'Islam. La cathédrale est transformée en mosquée et Les ottomans installèrent une garnison de mercenaires bosniaques dans la forteresse. Au 18ème siècle, il y avait encore une cinquantaine de soldats. Leurs descendants furent chassés par les Mamelouks en 1811, qui à leur tour furent éliminés par Ibrahim Pacha en 1812. Le site fut est alors abandonné. Aujourd'hui, le lac de retenue du Haut-Barrage a éradiqué une hauteur d'environ soixante mètres ne faisant plus de Qasr Ibrim la place forte de l'Antiquité.Sur la photo ci-dessous on peut voir la hauteur de la falaise avant et après la montée des eaux du lac Nasser.

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Le chadouf. Constitué d’un balancier manié par un homme, il permettait de puiser l’eau à l’aide d’une longue perche fixée sur une potence, munie à une extrémité d’un contrepoids et à l’autre d’un récipient. Cette pratique est attestée dès le Nouvel Empire.

La saqia (ci-dessous)  Apporté par les Romains la saqia sorte de noria inventé par les Perses deviendra l’outil majeur de l’agriculture nubienne qui sera d’ailleurs un de leurs symboles. Elle  facilitera le travail des hommes et permettra d’étendre les zones irriguées surtout en Nubie où les surfaces cultivables, limitées aux berges du Nil, ont pu s’étendre bien au-delà de sa bordure jusqu’au zones désertiques.

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Qasr Ibrim de nos jours

Vue sur le lac Nasser   ici 

L'lle, au premier plan la Cathèdrale, au loin la forteresse ici 

Vestiges de la Cathédrale ici 

Bibliographie

 Monuments de l'Egypte et de la Nubie - vol. 1Champolion

EMPREINTES DE PIEDS AUX ABORDS DE QASR IBRIM  Georges Nachtergael

2000 ans de christianisme copte   Meinardus Otto 1999 American University in Cairo

Temples complets de l'Egypte antique Wilkinson, Richard H.

Photos:  Dennis C Jarvis, Rita Willlaert, David Roberts, Musée d’Assouan